Conditionnement et confinement à l’ère du numérique



  • Conditionnement et confinement à l’ère du numérique

    aa6997a963fd61ac83b95b5ba000fd55?s=1&r=g&d=https%3A%2F%2Frencontre surdoue.com%2Fwp content%2Fuploads%2F2017%2F06%2Frencontresurdoue olbius mis à jour Il y a 5 mois, 3 semaines 1 Membre · 1 Publier
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    olbius

    Organisateur
    29 mars 2020 à 11 h 39 min

    Un autre texte qu’on m’a fait parvenir…

    L’ETRANGE RETRAITE

    CONDITIONNEMENT ET CONFINEMENT A l’ERE DU NUMERIQUE

    Paris, le 27 mars 2020

    ‘”George Orwell, l’auteur du magistral roman d’anticipation 1984, publié en 1949, et du non moins édifiant La Ferme des Animaux, publié en 1945, a écrit un jour : « If liberty means anything at all, it means the right to tell people what they do not want to hear. » Traduit de l’anglais : « Si la liberté ne voulait dire qu’une chose, ce serait le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. »
    Autant dire que devant la crise actuelle, ce très cher George n’aurait pas à chercher bien loin pour trouver ce que les gens ne veulent pas entendre : à savoir que les mesures liberticides de ce gouvernement d’improvisateurs du dimanche n’ont pas pour seule alliée la menace, la propagande d’Etat et l’intimidation – qui ne suffiraient plus dans nos démocraties pour cantonner les gens chez eux – mais aussi et surtout l’assentiment d’une très large partie de la population. Le renforcement des contrôles de police, la quotidienne litanie rectificative d’attestations de déplacement dérogatoire, le gonflement des amendes citoyennes se heurteraient à un mur si les consciences s’en étaient offensées. Or tel n’est pas le cas.

    Exemple de cet assentiment : le port du masque à gaz dans des rues quasi désertes est devenu aussi commun que les vélos et les trottinettes électriques dans le Paris de la Belle Epoque, celui des marchés en fleurs à peine pollués par l’haleine embaumante des pots d’échappement, le Paris des touristes et des commerçants savourant les beaux jours et l’arrivée prochaine des cars de tourisme stationnant en double file dans des rues noires de monde, histoire de toucher leur quote-part de CO2 dans la grande braderie écolo-globalisante d’un monde vert de honte quand on abat un arbre, et rose de soulagement quand on ferme ses parcs et ses jardins à la grande joie des enfants.
    L’air de la capitale, soudain redevenu si pur et si bon pour la santé, doit se demander pourquoi tout à coup plus personne ne veut le respirer. Même les spécialistes autoproclamés du Covid-19 parmi les plus alarmistes ont pris la peine d’expliquer qu’une simple bouffée d’air frais n’enverra personne en réanimation, que c’est la promiscuité qui est à éviter. Tousser à l’écart des autres, parler à distance raisonnable, se moucher ailleurs que dans l’écharpe du voisin, voilà des consignes que même le négationniste le plus obtus à la réalité du virus saurait comprendre et respecter. Mais nombre de nos citoyens, plus citoyens que les autres, ont dû considérer que le port de l’étoile jaune sanitaire valait aujourd’hui acte de patriotisme, et leur vaudrait plus tard les honneurs de la Nation. Il nous faut reconnaître aussi que ce choix, qu’il soit guidé par l’hypocondrie, l’esprit moutonnier ou la crainte jésuitique de contaminer son prochain leur appartient pleinement et qu’il n’entrave en rien la liberté d’autrui. A ceci près qu’ils pourraient s’abstenir, pour un certain nombre d’entre eux, de ces regards obliques à l’égard des enfants qu’ils croisent sur les trottoirs, comme les passants honnêtes de la chanson de Georges Brassens à l’encontre des amoureux des bancs publics.

    Si le confinement est aussi bien accepté, si j’ose en croire et si j’ose en voir le restant d’humanité qui rode sous nos fenêtres et hante les réseaux sociaux, c’est qu’il est d’abord – et c’est une aubaine – extraordinairement bien adapté. Adapté à un monde qui, presque toutes régions du monde confondues, a réduit à leur portion congrue le besoin et la nécessité de sortir de chez soi. Notre cher philosophe Pascal nous enseignait que le plus grand malheur de l’homme, c’est de ne pas savoir rester seul dans une chambre. La grande chance des confineurs – et des confinés – c’est que nos chambres d’aujourd’hui ne sont plus exactement des cellules de prieuré.
    Une petite faim du jeudi soir ? Cliquez Frichti, votez Deliveroo. Envie d’ailleurs ou besoin d’évasion ? Netflix est là pour vous servir. Un petit coup de moins bien, un accès de solitude ? Un FaceTime sur Whatsapp et la famille est réunie. Des pensées qui tournent en rond, un corps qui s’ankylose ? Avec Yoga TV, plus la peine de s’en faire. Herbe, coke, MDMA, un petit trait de kétamine ? « Ouais l’ami, dis-moi t’es où, adresse et code immeuble STP. » Un peu plus chiant, c’est clair, la teuf sans les copains et puis il y a plus de foot à la télé, mais on remettra ça le 1er mai pour la grande Fête du Déconfinement (mot à soumettre au Petit Robert et Jour Saint à rajouter sur nos calendriers) – ou de la Déconfiture, c’est selon.
    Et pour en revenir à George Orwell, justement, la plume lui serait tombée des mains. Son Big Brother et ses télécrans lui auraient fait l’effet d’une bombe H lâchée dans le triangle des Bermudes. Le cauchemar qu’il croyait avoir couché sur papier ferait se plier de rire Donald Trump et compagnie qui savent depuis longtemps qu’il en faut bien moins que ça pour mettre un singe en cage. Pour priver un peuple de sa liberté, il suffit simplement de la lui offrir.

    Les mesures de confinement, en France comme presque partout ailleurs, ne peuvent et ne pouvaient passer que dans des sociétés mondialisées rendues aphones et apathiques, soit par la privation des libertés (comme dans la république populaire de Chine), soit par leur exaltation outrancière dans leur forme la plus épurée depuis l’avènement du capitalisme : celle du Me, Myself and I.
    Le citoyen-monde de Socrate avait appris dans un premier temps, avec Adam Smith et sa Richesse des Nations (1776) que la poursuite de son intérêt individuel pouvait profiter à l’ensemble de la société. Il devint alors individu, pour le plus grand bonheur de tous. On lui inculqua ensuite des bribes de citoyenneté et il devint citoyen, tout heureux de cet honneur. On tenta d’en faire un révolutionnaire et il tenta l’expérience, à multiples reprises.
    Puis vinrent les crises industrielles, les guerres fratricides, le recul de la Foi, les trous dans les poches de l’Etat-providence, la disparition des grandes utopies sociétales, l’effritement progressif des solidarités et, tout au bout du tunnel, la grande lessive de printemps.
    Dans le panier à linge sale : l’appréhension du vivant et les méthodes éducatives. Au vide-ordure : la philosophie, la dialectique, la littérature, l’histoire des idées, l’histoire des nations, l’histoire et les nations tout court, la sociologie, la psychanalyse, les humanités, les religions, le marxisme, le guévarisme, l’anti-guévarisme et tous les avatars de la pensée en mouvement. La pensée rebelle, la pensée rêveuse, la pensée bravache, la pensée rouge, la pensée verte, la pensée libertaire, la pensée conservatrice, capables d’imaginer le meilleur comme le pire mais encore capables, au moins, d’imaginer quelque chose.

    L’Homme qui marche de Giacometti n’a pas toujours su où le mèneraient ses pas et il s’est retrouvé plus d’une fois dans des impasses abominables : le nationalisme, le racisme, l’anthropocentrisme pour n’en citer que trois. Mais il a retrouvé, à chaque fois, le fil de sa promenade : la fusée Ariane après la bombe atomique, L’espèce humaine de Robert Antelme après Le juif et l’argent de Pierre-Matthieu Fontaine, le droit de vote pour les femmes après des siècles d’obscurantisme en la matière.
    La République en marche, elle, a foncé tête baissée dans les tranchées balisées du mondialisme consumériste, sans même avoir à convaincre quiconque de rejoindre les rangs de son armée. Son armée était là, prête au combat, I-phone au ceinturon et cervelle en compote.

    Le citoyen-monde d’aujourd’hui ne débat plus dans les cafés non pas par crainte du débat, mais parce qu’il n’a rien à dire. Il ne lit plus non pas parce qu’il a désappris à lire, mais parce qu’il sait déjà tout : avoir un Smartphone, c’est bien, avoir une tablette, c’est encore mieux ; penser à la planète, c’est important, le tri sélectif, ça devrait être un réflexe ; voter pour la forme, c’est déjà ça, le vote éclairé, c’est l’affaire de chacun ; les transports publics, les bouchons, à la longue, c’est quand même un peu chiant, le télétravail au moins tu peux prendre ta pause quand tu veux ; aller voir à un pote, c’est sûr que c’est pas mal mais les textos de cinquante lignes ça marche quand même aussi.
    Dans ces conditions de survie minimalistes à l’extrême, on comprend que la ligne de conduite fixée par le Politique rencontre si peu d’obstacles éthico-pratiques aux quatre coins de la planète. Un petit saut le matin à la boulangerie d’en bas, un petit jogging autour du pâté d’immeubles pour travailler son cardio, ça suffira bien pour passer la semaine. Qui ne sort pas ne pollue pas, c’est toujours ça de gagné. Et les enfants, dans tout ce bazar ? Ah oui, pardon, j’avais oublié Disney Channel et la Nintendo DS.

    L’assignation à résidence, à défaut d’être idéale, est acceptable aux citoyens modèles – surtout les plus jeunes, peut-être, qu’ils soient de Denver, Rio ou Singapour – car elle concrétise leur dédain du monde et leur fabuleuse aptitude, sous leurs airs nonchalants, à s’adapter à tout. « Je n’ai besoin de personne en Harley Confinson » pourrait à cet égard être le nouvel hymne de la génération Bla Bla Cool divinement réactive aux vents contraires de l’actualité. Après les banderoles « Allez les Bleus » suspendues aux fenêtres et déjà ringardes deux heures après la victoire, c’est désormais « Tous avec le corps hospitalier ». Puis, quand viendra l’été, le probable retour des « Macron, démission », quand l’Union sacrée sera passée de mode et qu’on fera le compte des victimes collatérales de la Grande Guerre au Covid-19.
    Tout passe, tout casse, tout lasse comme nous dit le proverbe mais surtout, chers Twitternautes, ne twittez pas tous à la fois et chaque cause en son temps : #2017 : Balance ton porc et tes côtelettes ; #2018 : Sors marcher pour le climat : #2019 : Recycle tes gilets jaunes ; #2020 : Restez à la maison.

    Etrange retraite, à cet égard, que celles de nos philosophes, de nos intellectuels, de nos débatteurs infatigables qui se plaisaient tantôt à prendre le contrepied des foules et qui pour une fois sont à l’unisson du silence avec le corps arbitral et les joueurs de Playstation. Aux heures de marée basse, mieux vaut rester planqué sous son coquillage. Il sera toujours temps, après avoir fait le dos rond, d’aller faire le paon sur les plateaux télé pour mendier les suffrages des gueules cassées du monde entier. Etrange retraite, vous disiez ? Relisez L’Etrange Défaite de Marc Bloch (écrit en 1940, publié en 1946) et vous y retrouverez la crise du Covid-19 en filigrane de nos migraines. Le même rachitisme intellectuel, la même obsession du trivial et la volonté souveraine, surtout, que rien ne bouge. Comme aimait à le répéter le Généralissime Gamelin, alors à la tête de l’armée française : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ». On n’y sponsorisait pas encore aux frais du contribuable des Jeux Olympiques LGBT pour encourager gays et lesbiennes à se mettre aux sports de plein air – tiens, comme c’est étrange, ils ont deux jambes et deux bras, ils savent courir et sauter – mais on envoya nos athlètes faire des tours de stade à Berlin, en 1936, au nom de la fraternité entre des peuples en guerre trois ans plus tard. On n’en était pas encore aux déjeuners œcuméniques entre copains de promo de l’ENA et Sciences-Po dans les guinguettes pirate du 6ème arrondissement de Paris, mais on s’y mettait déjà d’accord en sourdine et tous bords confondus sur la pérennité de notre système et l’excellence de nos troupes.

    Mais pour que l’histoire se répète, il lui fallait, malgré tout, un élément nouveau. Confiner chez soi les trois quarts du globe, ce n’est pas exactement, soyons honnêtes, les envoyer dans la fournaise de la Seconde Guerre mondiale. Il était néanmoins nécessaire, pour remettre une troisième fois le couvert à l’échelle planétaire et se trouver un nouvel ennemi commun depuis la mort d’Hitler et la fin du stalinisme, un argument choc qui fasse mouche et réduise au silence trois milliards de contestataires en puissance. Et ce fut le microbe. Et ce fut le virus. La molécule tueuse venue de l’hyperespace faire tousser un pourcentage infime de la population mondiale et en terroriser les 9/10èmes. Un hasard ? Très certainement. Une aubaine ? Pas vraiment. Une surprise ? Sans doute un peu, mais pas tant que ça.

    L’Europe, à défaut du monde, se disait vaccinée de la guerre par les carnages du siècle précédent. Les soldats avaient posé les armes, les peuples avaient séché leurs larmes. Ce vaccin-là, j’ose le croire, est toujours actif et sans besoin de rappel. Mais les populations, immunisées sur ce point, ne l’étaient pas contre le Covid-19. Le Covid-19. The Covid-19. Das Covid-19. El Covid-19. La menace fantôme que personne n’a vu venir et dont chacun, soudain, cherche à se prémunir. L’horreur est humaine, s’amusait à dire Coluche, et la maladie aussi, comme le savent depuis bien longtemps nos virologues. S’y exposer, c’est la combattre. S’en retrancher, c’est la combattre aussi. Si c’est la seconde option qui fut choisie sans débat fielleux ni polémique inutile, c’est qu’elle permettait à nos politiques aux abois de tenter un dernier appel à la fraternité solidaire pour combattre l’Epidémie, la Mort, l’Horreur et la Désolation. Du point de vue du citoyen-monde, c’était le seul message audible pour croire encore, une dernière fois, au mythe de la grande entente transfrontalière. Chinois, marocains, canadiens, autrichiens, sri-lankais, démocrates, républicains, socialistes, écologistes, néolibéraux, charcutiers, boulangers, postiers, sans-abris, milliardaires, retraités, fonctionnaires, salariés, tous unis dans l’épreuve ultime ! Tous ensemble et tous aux abris pour mener de concert – et sans fausse note s’il vous plait – cette lutte implacable et sans merci pour acquérir le dernier du dernier des droits qui manquaient au genre humain : le droit à l’Immortalité.

    Par un effet domino respectueux du code des bonnes et des mauvaises pratiques, tous les pays se sont mis au diapason de ce nouvel universalisme. Le temps nous apprendra ce qu’il eût fallu faire, ceux qu’il eût fallu croire. Il nous aidera à mieux comprendre, surtout, ce que nous sommes devenus. De simples passagers d’un train ivre qui ne conduit nulle part, ou des rêveurs éveillés d’un monde idéal et imaginaire que chacun se fabrique dans la solitude de ses nuits en espérant qu’au lever du jour, il ressemble un peu, malgré tout, au monde qui l’attend au pas de sa porte.”

    Pierre Chazal

    Résident assigné à résidence du
    5ème arrondissement de Paris

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