Biais cognitifs

Tout savoir sur les biais cognitifs

Nous le savons tous : intelligence et rationalité ne sont pas synonymes. C’est la raison pour laquelle, malheureusement, un Haut Potentiel Emotionnel et/ou Haut Potentiel Intellectuel ne suffit pas à se protéger des biais cognitifs (pour en savoir plus, voir les caractéristiques du HPI et les signes du HPE).

Que sont les biais cognitifs ? Définition

biais cognitif et intelligence
Intelligence et biais cognitifs

La notion de biais cognitifs renvoie à la manifestation de jugements faux car résultant d’une utilisation largement inconsciente et automatique de règles de raisonnement (les “heuristiques”), des illusions qui affectent notre cognition et, partant, mettent en danger notre rationalité (ou “intelligence rationnelle”).

Parce que l’être humain est une créature vivante, faite de chair et de sang, parce qu’elle vit, précisément, parce qu’elle vibre, parce qu’elle ressent des émotions… Parce qu’elle perçoit le monde à travers ses sens, via une “évidence sensible” (sujet ô combien passionnant, proposé à l’oral de philosophie de HEC en 1997)… Parce qu’elle évolue dans une caverne de Platon, en somme… Elle n’a jamais, par définition, accès à une Vérité Objective – si tant est que celle-ci existe, mais c’est un autre débat.

Et l’on est plus que quiconque sensible aux biais cognitifs si l’on ignore leur existence ou si l’on se croît imperméable à ceux-ci. C’est sans doute un des éléments qui expliquent l’explosion des croyances absurdes et autres théories du complot ces dernières années, notamment depuis l’apparition des réseaux sociaux (voir aussi la loi de Brandolini).

Comment identifier les biais cognitifs ?

Les désormais fameux biais cognitifs (c’est un sujet, il faut l’avouer, plutôt à la mode) sont des erreurs systématiques de pensée qui peuvent influencer notre jugement, notre prise de décision et notre interprétation de l’information.

Autrement dit, il s’agit d’une réaction naturelle, normale, du vivant : l’objectif de l’organe principalement concernée ici, le cerveau, est d’optimiser son fonctionnement, d’être efficace – à défaut d’être performant 🙂

Ce sont des raccourcis mentaux – nous pourrions parler de “zone de confort cérébral” – que notre cerveau utilise pour traiter rapidement les informations et prendre des décisions. Rappelons qu’une des fonctions essentielles de notre cerveau est de nous maintenir en vie. Par d'”avoir raison” à tout prix !

Ainsi, ce mode de fonctionnement biaisé par nature entraîne mécaniquement des distorsions cognitives, autrement dit des distorsions dans notre pensée. Et c’est là que cela peut devenir dangereux, si le sujet confond sa pensée avec la réalité : l’Histoire à montrer que plus l’on est affecté par les biais cognitifs, plus l’on peut basculer rapidement et atteindre un point de non retour.

La force centrifuge du cerveau fait qu’il peut devenir, au bout d’un certain temps, pratiquement impossible d’inverser le mouvement. C’est ainsi que les sectes sont remplies de personnes intelligentes, parfois surdouées / zèbres / Haut Potentiel, souvent très cultivées, mais dont l’intelligence quantitativement élevée n’a pas été un rempart suffisamment solide face aux biais cognitifs. Faute, parfois, d’avoir appris à réfléchir – comme le rappelait une célèbre marque italienne de pneumatiques, “sans maîtrise, la puissance n’est rien”. Faute, souvent, à une fragilité, parfois liée à un accident de vie, dont les gourous savent bien tirer profit.

Les différents biais cognitifs : liste et exemples des principaux biais

La liste des biais cognitifs est longue. Certains sont très connus, d’autre beaucoup moins. Et, par définition, certains biais sont mis en évidence au fil des années.

Voici quelques-uns des principaux biais cognitifs :

Biais de confirmation

Sans doute le biais cognitif le plus connu. Le biais de confirmation est le biais qui nous pousse à rechercher, interpréter et retenir les informations qui confirment nos croyances préexistantes, tout en ignorant ou en minimisant les informations contradictoires. Autrement dit, c’est le biais qui nous pousse à éviter toute forme de stress, celui-ci étant une “difficulté temporaire d’adaptation”. Pas très rock’n roll, plutôt pantoufles et canapé en cuir, en somme.

On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.

Emmanuel Kant
(parfois attribuée par erreur à Antoine Houdar de la Motte)

Retrouvez ici-même de nombreuses citations sur l’intelligence.

Biais de disponibilité

Un peu moins connu que le biais de confirmation, mais tout aussi fréquent, le biais de disponibilité se produit lorsque nous estimons qu’un événement est plus fréquent ou plus important simplement parce qu’il est plus facile à rappeler ou à imaginer.

Par exemple, si vous avez récemment vu des reportages au sujet d’accidents de voiture, vous pourriez de facto surestimer la fréquence des accidents de la route. Idem pour les incivilités, d’où le fameux “sentiment d’insécurité” qui n’est pas toujours corrélé avec une insécurité réelle.

Ou encore : si quelqu’un vous parle d’un film à l’affiche en ce moment et s’étonne que vous n’en ayez pas du tout entendu parler, vous allez dans les heures et jours qui suivent voir ce film partout. C’est tout simplement que votre cerveau ne filtre plus cette information, il est en éveil.

Un peu comme lorsque le soir, chaque fois que vous regardez l’heure, il est 22h22… Du moins, c’est l’impression que vous avez, et non la réalité 😉

Biais du survivant

Il s’agit d’un biais qui nous affecte tous au quotidien. En ce sens, il mérite sa place parmi les principaux biais cognitifs.

Le biais du survivant repose sur le fait qu’il est facile d’oublier des éléments mis de côté suite à un processus de sélection : le danger est alors d’établir des conclusions qui se veulent adaptées à un ensemble d’éléments, en oubliant totalement tous ceux qui ont été écartés en cours de route.

C’est ce biais qui fait dire à certains qu’il est préférable d’attraper un virus pour en être protégé plutôt que de se faire vacciner (!), les “survivants” (au sens large, on ne parle pas forcément de décès mais de symptômes, avec ou sans séquelle de long terme d’ailleurs) au virus ayant en effet souvent hérité d’une immunité plus forte que celle induite par le vaccin.

Biais de représentativité

Le biais de représentativité se produit quand nous nous basons sur quelque chose de connu, un stéréotype, un cliché, un prototype, pour évaluer quelque chose ou quelqu’un.

Exemple typique : s’il nous arrive de croiser dans la rue une personne qui porte un costume de marque et qui marche d’un pas assuré, nous allons probablement penser que celle-ci est aisée, qu’elle occupe un poste élevé dans une entreprise prestigieuse, voire qu’elle est quelqu’un de réputé, d’influent…

On touche ici notamment à la pression sociale et à l’image de réussite que certains cherchent plus particulièrement à renvoyer, par exemple en portant une Rolex avant l’âge de 50 ans.

Ce biais peut avoir d’autres causes, néanmoins.

Biais de projection

Le biais de projection est le biais qui nous pousse à croire que les autres pensent, ressentent ou perçoivent le monde de la même manière que nous. Par exemple, si nous aimons une certaine activité, nous pourrions supposer que tout le monde l’apprécie également. Et nous pourrions alors être tentés de demander à ce que ladite activité soit “gratuite”, c’est-à-dire financée par l’ensemble de la société, dans une optique touchante mais naïve d'”intérêt général”. De même, nous pouvons tendre vers une volonté d’interdire d’autres hobbies, passions, pratiques, au motif que celle-ci n’a pas d’intérêt – alors qu’en réalité c’est nous, en tant qu’individu, qui ne saisissons pas l’intérêt que cela peut représenter pour autrui.

S’il est naturel qu’un enfant ait tendance à confondre son égo et le monde qui l’entoure, l’âge adulte doit normalement permettre progressivement d’apprendre l’individualisme, c’est-à-dire la capacité à comprendre que chaque individu est unique, y compris dans sa façon d’être au monde. Malheureusement, les modes de fonctionnement sociaux classiques, qui valorisent le collectif au détriment de l’individu, ne favorisent probablement pas la résistance face à ce biais cognitif.

Biais de surconfiance (effet Dunning-Kruger)

Ce biais cognitif, également nommé “effet Dunning-Kruger“, se manifeste lorsque nous surestimons notre propre compétence, notre niveau de connaissances ou notre capacité à prédire des résultats. Cela peut nous conduire à prendre des décisions risquées ou à négliger des informations importantes.

Effet Barnum

Ce biais fait allusion au fait d’avoir tendance à se sentir personnellement décrit lorsque l’on est mis face à une description vague. C’est l’effet Barnum qui explique notamment le grand succès des horoscopes en astrologie, c’est aussi ce biais qui est utilisé par certains mentalistes et autres télépathes. Simple exemple : si je prends un air concentré et vous affirme que quelqu’un dont le prénom commence par la lettre “m” a ou a eu une importance capitale dans votre vie, il y a de fortes chances que je tombe juste. Au pire, la personne à laquelle je dirais cela pensera à un surnom ou à un nom de famille et adhérera ainsi au narratif. Ce biais est également uniquement en technique de vente, par certains commerciaux peu scrupuleux, ou encore par des gourous médiatiques et autres charlatans prêts à tout pour vous vendre de la médecine alternative qui, soyons en sûr, fonctionnera nécessairement dans votre cas précis, là où tous les remèdes conventionnels ont échoué – parce que vous êtes spécial, unique, évidemment 😉

L’effet Barnum est souvent pointé du doigt lorsque certains évoquent l’explosion du nombre de personnes auto-diagnostiquées HPE / HPI, suite à la lecture de certains livres par exemple. Un best-seller comme le célèbre “Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué” de Jeanne Siaud-Facchin est notamment cible de telles accusations depuis sa parution dans les années 2000.

Peut-on aussi imaginer que l’effet Barnum soit une façon pour le “vrai surdoué” de se protéger de la masse via la mise en place d’un Faux Self ? Simple hypothèse…

Ces exemples ne sont qu’une petite sélection parmi de nombreux biais cognitifs documentés. Il est important de noter que ces biais ne sont pas nécessairement toujours mauvais, car ils nous permettent de traiter rapidement l’information dans de nombreuses situations. Cependant, ils peuvent également nous amener à prendre des décisions irrationnelles ou à tirer des conclusions incorrectes.

La prise de conscience de ces biais cognitifs est la première étape pour les contrer. En développant notre esprit critique, en remettant en question nos pensées automatiques et en cherchant activement des informations contraires, nous pouvons réduire l’influence de ces biais et prendre des décisions plus éclairées.

Autres biais cognitifs

Biais cognitifs et subjectivité
Biais cognitifs et subjectivité

Comme indiqué précédemment, la liste des biais cognitifs est longue – et toujours en construction.

Les biais cognitifs peuvent être organisés en quatre catégories :

  1. les biais qui découlent de trop d’informations,
  2. pas assez de sens,
  3. la nécessité d’agir rapidement,
  4. et les limites de la mémoire.

Biais de raisonnement

Effet rebond

L’effet rebond biais est assimilable à l’effet Streisand, puisqu’il se traduit par un effet paradoxal : quand on essaie de mettre de côté une pensée, celle-ci a tendance à s’imposer plus encore.

C’est d’ailleurs un des éléments qu’un bon ORL essaie de transmettre à une personne qui essaie de ne pas penser à ses acouphènes, l’idée étant qu’il faut les accepter, apprendre à vivre avec, et non les mettre de côté – inutile de dire que c’est extrêmement difficile si les acouphènes sont élevés et s’accompagnent de douleurs chroniques et/ou d’hyperacousie.

Coût irrécupérable

Ce biais fait que l’on a tenance à prendre des décisions irrationnelles (comprendre : mauvaises) car l’on tient compte des coûts déjà engagés, au lieu de se concentrer sur le présent et l’avenir. Difficile de se remettre en question, difficile de tirer un trait, difficile de se dire qu’on a eu tort, parfois pendant longtemps…

Biais de confirmation d’hypothèse

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un cousin du biais de confirmation. Il consiste à favoriser les éléments qui confirment (solution de facilité, en somme) plutôt que ceux qui tendent à infirmer une hypothèse.

Réification du savoir

Ici, il s’agit de considérer les connaissances comme des objets immuables et extérieurs. Une vision plus religieuse que scientifique, donc.

Dissonance cognitive

La dissonance cognitive intervient lorsque le sujet rejette la réalité car celle-ci est insupportable, en ce sens qu’elle s’oppose à diverses croyances tellement enfouies profondément qu’elles sont devenues impossibles à réfuter (un stress trop fort, rejeté par essence). La même dissonance peut être observée dans le cas de pratiques (“on m’a toujours appris à faire comme ça donc je ne peux croire que je me suis trompé depuis tout ce temps”).

Réduction de la dissonance cognitive

Il s’agit, lorsque l’on parle de réduction de la dissonance cognitive, de réexaminer une situation donnée afin de supprimer tous les éléments contradictoires.

Biais d’appariement

Ici, l’individu concentre son attention sur les divers éléments qui se trouvent dans l’énoncé d’un problème, sans pouvoir prendre de la hauteur.

Biais de perception

Quand on se base sur se propre expérience (“faire ses propres recherches”) pour filtrer des informations (“je connais quelqu’un qui… donc c’est un fait établi”), il y a biais de perception (également connu sous l’appellation “perception sélective”).

On parle de cherry picking (picorage), en précisant cependant qu’ici il est plus souvent inconscient que conscient.

Effet de domination asymétrique (effet leurre)

En psychologie du consommateur (hé oui, il existe des psychologues spécialisés Haut Potentiel mais aussi des psychologues du consommateur… des professionnels du marketing, en somme 😉 ), on observe souvent celui-ci opter, lorsqu’il est confronté à deux options, pour celle qui est perçue comme étant la plus proche d’une troisième option, et ce malgré la forte asymétrie d’information. C’est un phénomène également répandu dans le champ politique.

Illusion des séries

Ce biais touche à la définition du hasard, un concept ô combien difficile à définir et qui ouvre ainsi la porte à tout et son contraire dans le langage quotidien. L’illusion des séries consiste ainsi à voir dans des données au hasard des coïncidences, la personne cherchant alors naturellement à trouver une explication à ces coïncidences.

La fameuse “loi des séries” dont on entend si souvent parler n’est rien d’autre, le plus souvent, qu’une illusion…

Effet cigogne

Comme pour l’illusion des séries, l’effet cigogne recouvre une confusion entre “corrélation” et “causalité”. Les exemples ne manquent pas, certains sites sont consacrés à des corrélations parfois loufoques, que seule une immense mauvaise foi pourrait rationnellement apparenter à une causalité – comme le nombre de fois où Nicolas Cage joue dans un film, qui a été pendant plusieurs années corrélé au nombre de morts par noyades dans une piscine.

Ce biais fait partie des plus difficiles à combattre, en particulier chez des personnes qui ont construit leur psyché autour de pensées automatiques du type “rien n’arrive par hasard”. Là aussi, les théories du complot se nourrissent facilement de telles illusions non remises en cause, la personne essayant de faire entendre raison étant alors souvent taxée au mieux d’aveugle ou de naïve, au pire de stupide ou de mouton.

Rappelons-le donc clairement : “corrélation n’est pas causalité” !

Biais de jugement

Biais de normalité

On touche ici à la résistance au changement, ou encore à la zone de confort, à l’assurance qu’apporte ce qui est familier. Ce biais incite à se dire qu’une même cause produit forcément les mêmes effets, ce qui pousse à ne pas porter attention à d’éventuel signaux qui tendent à alerter l’individu (“la sagesse des anciens”, par exemple, peut entrer dans cette catégorie).

La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent.

Albert Einstein

Biais égocentrique

Couplé au biais de surconfiance, celui-ci peut faire des ravages puisqu’il revient à se voir plus beau, plus fort, plus compétent (liste non exhaustive) que ce que l’on est en réalité.

Supériorité illusoire

Très proche du précédent : il amène à surestimer ses propres qualités et capacités.

Effet Stroop

Un biais que les scientifiques connaissent bien, puisqu’un des principaux de base de la pensée scientifique est d’apprendre à mettre de côté une information non pertinente. Si l’on en est incapable, on tombe dans l’effet Stroop (ou effet Jaensch).

Effet de halo

Ici, la personne s’accroche à l’idée que “la première impression est toujours la bonne”. Elle va ainsi, le plus souvent sans s’en rendre compte, chercher à confirmer celle-ci en ne considérant que les informations qui vont dans le sens de la croyance initiale.

Le racisme, le sexisme, et plus généralement tout type de stéréotype, entrent dans cette catégorie de biais.

Chez les personnes à Haut Potentiel, la tentation de se fier corps et âme à son intuition peut être un dangereux chemin vers l’effet de halo : une intuition doit ainsi toujours être confirmée ou infirmée de manière méthodique, sous peine de s’enfermer dans une bulle cognitive.

Biais d’ancrage

Cousin du précédent, le biais d’ancrage amène à se laisser influencer par la fameuse “première impression” ou, plus généralement, par l’information initialement disponible, même si celle-ci est contestable. Il y aurait ainsi une prime au premier arrivé, à la premier donnée, car celle-ci va conditionner tout ce qui va suivre.

La personne risque, au cours de sa vie, de ne retenir que les fois où sa première impression s’est révélée correcte, et d’oublier les nombreuses fois où celle-ci a été erronée. Et encore… Il faudrait même plutôt écrire “penser qu’elle s’est révélée juste”, car il s’agit bien ici, toujours, de la place de la subjectivité.

Biais d’attribution (attribution causale)

Dans le cas du biais d’attribution, on juge et explique l’autre et l’environnement via des présupposés.

Le biais d’attribution hostile, quant à lui, revient à supposer une intention hostile là où l’intention n’est que bénigne ou ambigüe. La paranoïa n’est pas loin…

Biais de statu quo

Les professionnels des Ressources Humaines, du Management en entreprise ou encore les spécialistes de la Gestion de Projet le savent bien : la résistance au changement est un frein extrêmement répandu. Et bien souvent très intense. La personne adopte dans le savoir une grille de lecture de type “c’était mieux avant”, “pourquoi changer ce qui fonctionne ?”, et évalue ainsi incorrectement une balance bénéfices / risques au détriment de toute nouveauté.

A l’extrême, la pensée obscurantiste peut découler de cette idéalisation du passé, qu’elle soit sociale, sociétale, ou individuelle.

Biais d’intentionnalité

On nage ici en plein dans la mouvance complotiste, puisque ce biais amène à considérer que tout, absolument tout, est le fruit d’une décision, d’un choix, d’une volonté, même dans les cas (extrêmement nombreux) où le hasard ou l’accident sont à l’oeuvre.

C’est ce qui a pu amener certains à parler de “plandémie” (pour “plan” + “pandémie”) dans le cas du covid-19. Notons que, comme tout biais cognitif, celui-ci est plus difficile à combattre lorsque faire face à la réalité est particulièrement difficile et qu’il est, dès lors, plus rassurant de se réfugier dans un narratif, une “réalité” alternative.

Appel à la probabilité

Même si l’on s’attend plus à rencontrer ce biais lors d’une discussion de comptoir que dans un débat de haute tenue, il est fréquent de se contenter de considérer comme avéré quelque chose qui, en tout état de cause, n’est que probable.

N’oublions pas ici, par exemple, la présomption d’innocence. Les conséquences d’un tel biais peuvent être terribles.

Biais d’auto-complaisance (biais de complaisance)

Comme de nombreux chefs d’entreprises, élus, sportifs (liste là encore non exhaustive, bien entendu), chacun peut être tenté d’attribuer à des causes endogènes l’origine de ses succès, mais de voir dans le même temps des causes exogènes dans celle de ses échecs.

L’auto-complaisance s’observe chez les individus, mais aussi au sein des collectifs. C’est ainsi ce que l’on observe par exemple en politique, lorsque des régimes communistes, par exemple, ont tendance à mettre en avant des causes externes et uniquement celles-ci dans ce qui peut souvent, au moins en partie, trouver son origine dans des erreurs commises en interne.

Là encore, le complot n’est jamais bien loin… Le narratif alimenté par Vladimir Poutine depuis de longues années a ainsi installé dans la tête de nombreux Russes que l’URSS allait parfaitement bien et ne s’était écroulée qu’en raison de la trahison de Mikhaïl Gorbatchev, ayant pactisé avec les Etats-Unis.

Biais d’immunité à l’erreur

Un cousin du biais cognitif précédent, puisque cela revient à ne pas voir ses propres erreurs. A l’extrême, on est dans le domaine du trouble mental.

Croyance en un monde juste

Le fameux “karma”… Une croyance rassurante s’il en est, puisque ce biais amène à penser que toute action positive, bienveillante, altruiste, entraînera des conséquences bénéfiques – et, de la même façon, qu’une action négative, malveillante, égoïste, sera payée un jour ou l’autre (“karma is a bitch”… 🙂 ).

Biais d’équiprobabilité

Que se passe-t-il si vous naviguez à l’aveugle sur un sujet quelconque ? Hé bien, ce biais peut vous amener à considérer que tout se vaut, autrement dit, en langage probabiliste, que des événements sont équiprobables.

Ceci peut ouvrir la porte à des explications loufoques, qui sont particulièrement difficiles à réfuter (cf la loi de Brandolini).

Si l’on pousse volontairement le bouchon, afin d’illustrer ce biais : imaginons que votre voiture tombe en panne sur l’autoroute, et que vous n’avez absolument aucun élément vous permettant d’expliquer la panne. Vous pourriez alors juger aussi probable la casse accidentelle d’un élément mécanique que celle d’un sabotage (la paranoïa pouvant bien sûr entrer ici en action) ou encore… l’action d’un vaisseau spatial alien (l’être humain étant doté d’une créativité indéniable 😉 ).

Biais de présentéisme

Comme toujours, le cerveau humain va chercher à être le plus efficace, afin de délivrer un résultat, sans que celui-ci soit nécessairement “réel”. Ainsi, ce biais amène à accorder plus d’importance à des facteurs présents qu’à des facteurs absents.

Par extension, si l’on évoque le sujet de la baisse de QI observée ces dernières dans de nombreux pays, il est facile de se contenter d’une explication axée sur des éléments déjà connus (par exemple, la capacité à lire de façon linéaire, un livre, un essai, un cours classique…) sans envisager d’autres éléments peu connus voire largement inconnus (ici, la capacité à accéder au savoir via une pensée en arborescence, ce que l’on observe par définition sur un site internet, une application, ou une borne interactive). Le résultat est alors on ne peut plus prévisible : “c’est le déclin”, autrement dit un effondrement, faute d’être capable de percevoir une évolution, une transformation, ou une disruption.

Le recours à des experts qui ont grandi dans un “ancien monde” n’arrange bien entendu rien à l’affaire 🙂

Biais rétrospectif ou l’effet “je le savais depuis le début”

N’avez-vous jamais entendu quelqu’un vous affirmer, plein de fierté : “ce qui était complotiste il y a 2 ans est une réalité aujourd’hui”, ou encore “être complotiste, c’est avoir raison trop tôt”.

Sans limiter le champ d’étude aux théories du complot, il est on ne peut plus aisé de réécrire le passé en expliquant, par exemple, que parmi les milliers de mails reçus par le FBI durant l’été 2001 il y en avait un qui alertait autour d’une forte probabilité d’un attentat de grande ampleur sur le sol américain en septembre de la même année, et d’en conclure : “ils savaient” (et le fameux “et ils n’ont rien fait”).

Même chose pour ceux qui prédisent chaque année une grave crise économique. Il y aura bien un jour, malheureusement, où ils auront raison 😉

Sophisme génétique

Proche du “biais d’autorité”. Cela consiste à prioriser la forme au fond, la contenant au contenu, ou encore le messager au message.

Biais d’engagement

Il est parfois difficile de changer de direction, de tourner le volant, même lorsque l’on s’aperçoit plus ou moins nettement qu’il faudrait, rationnellement, le faire, n’est-ce-pas ? C’est de biais qui entre en jeu : on a tendance à céder à l’inertie, à être en roue libre, voire de continuer à la même allure, même si les résultats semblent se dégrader à mesure que l’on continue d’avancer.

Combien de personnes, à ce sujet, considèrent que “le plus important, dans la vie, c’est d’avancer” ? Là encore, une pensée automatique néfaste ou qui, du moins peut se révéler nocive dans certaines situations.

Illusion monétaire

On assiste ici à une confusion d’un agent économique entre la variation du niveau général des prix et celle variation des prix relatifs.

Exemple d’actualité : si vous avez reçu un augmentation de salaire mais que celle-ci se révèle inférieure à l’inflation durant la même période, alors votre salaire réel et baissé, alors même que ce biais tend à vous amener à croire qu’il a augmenté.

Illusion de savoir

La force de l’habitude… Nous avons tendance à voir toute nouvelle situation sous le prisme de situations ancienne, familières, habituelles. Partant, ce biais nous pousse à regarder le présent avec des lunettes du passé. Et à agir comme nous l’avons toujours fait, voire comme nos ancêtres l’ont fait. En pilotage automatique. Toujours pour des questions d’économie du système cognitif, qui va chercher, grosso modo, le chemin le plus court, et non le chemin le plus juste.

Combien de fois a-t-on entendu, en France, que nous vivions de nouveau les années 30 ou mai 68, même dans des cas où les situations étaient pourtant rationnellement, objectivement, très largement différentes ?

Loi de l’instrument (ou marteau de Maslow)

Ce biais suppose une confiance très forte dans un outil donné.

J’imagine qu’il est tentant, si le seul outil dont vous disposiez est un marteau, de tout considérer comme un clou.

Abraham Maslow

Partant, ce biais recouvre la tentation de modifier la réalité pour la faire entrer dans une case donnée, en la changeant au fur et à mesure des constations et réponses (les outils) obtenues.

Concrètement, la volonté de traiter les malades du covid-19 peut entrer dans cette case, lorsque certains spécialistes ont absolument tenu à utiliser des médicaments ayant fait leur preuve dans des situations parfois bien différentes, sans voir l’intérêt de développer des outils plus adaptés.

Tache aveugle à l’égard des préjugés

Tout être humain est, en partie, le produit de son vécu. Partant, un être humain totalement déconstruit, objectif, n’existe tout simplement pas.

Une personne qui n’accepte pas cela peut facilement céder à ce biais qui l’amènera alors ne pas prendre conscience, précisément, des biais cognitifs qui entrent en jeu dans ses propres décisions ou jugements, au détriment d’informations plus objectives.

Prenons un activiste qui a justement construit son existence autour de ces notions de “déconstruction” : voir ces processus comme un objet linéaire, un chemin que l’on suivrait, une route sur laquelle on progresserait, est une illusion qui rend particulièrement fragile face au biais que nous venons d’évoquer. D’autant plus lorsque le monde entier n’est plus alors vu que via cette grille de lecture.

Illusion de transparence et illusion de connaissance asymétrique

Ce biais fait référence à la propension de tout individu à supposer qu’autrui connaît son état mental… Mais cela marche aussi dans l’autre sens (le fait de surestimer notre capacité à comprendre l’état mental de l’autre).

Qui a dit “empathie” ? 🙂 Mais là aussi… Quelqu’un qui est doté d’une forte empathie (ou qui croit l’être !) n’est pas à l’abri de ce biais, puisqu’il lui est toujours possible tomber dans la surconfiance…

Effet râteau

Ce biais revient à exagérer la régularité du hasard, c’est-à-dire à voir plus de régularité que ne le montre l’étude empirique.

Les astrophysiciens, par exemple connaissent bien ce phénomène. Qu’ils soient croyants ou non, d’ailleurs…

C’est typiquement ce biais qui pousse le “bons sens commun” à voir des “lois des séries” là où, bien souvent, celle-ci n’est qu’illusion.

Effet Ikea

Non, ce niais ne concerne pas uniquement les Suédois 😉 Diverses études marketing ont révélé que le consommateur tend à accorder une valeur accrue à un produit lorsqu’il a participation à la création dudit produit – et ce même si la participation en question est minime.

Effet d’ambiguïté

L’être humain, en raison de ce biais, a tendance à adopter une option lorsque la probabilité d’une issue favorable est connue, plutôt qu’une autre où celle-ci est inconnue.

En d’autres termes, si l’on aborde le sujet des finances personnelles, nous avons souvent tendance à pencher vers une “gestion en bon père de famille”, comme on disait autrefois, puisque les conséquences positives, le plus souvent très faibles, sont largement prévisibles, donc maîtrisables. Ceci plutôt que de prendre un risque qui pourrait nous rapporter beaucoup mais sans avoir d’élément nous permettant de juger cette chance. Et donc une incapacité à estimer, même très approximativement, une balance bénéfices / risques.

Notons dans ce domaine que le biais ne s’applique pas de la même façon lorsque l’on gère son propre argent vs lorsque l’on gère celui des autres. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les politiques du monde entier adoptent rarement un tel type de gestion et ont plutôt très largement tendance à accroître les dépenses publics, creuser les déficits… et, par conséquent, augmenter les impôts pour les financer.

Biais de proportionnalité

Ce biais fait partie de ceux qui interviennent littéralement au quotidien. ll revient à confondre l’observation avec l’observé, faute de réaliser que l’outil d’observation (sans même parler de la volonté d’observer !) évolue lui-même en qualité, avec le temps.

Ceci amène donc à croire à tort que les occurrences d’un phénomène augmentent simplement parce que les manifestations d’un phénomène augmente, ou même semblent augmenter.

Par exemple, y a-t-il réellement plus de telle ou telle maladie, ou est-ce simplement parce que ladite maladie n’était, par le passé, pas porteuse d’intérêt ou, du moins, que les outils disponibles étaient largement incapables de l’objectiver. Dans le cas de la perte d’audition, et des acouphènes et hyperacousie qui y sont souvent liés, nous n’en sommes aujourd’hui encore qu’à des examens de type “déclaratif”, par essence extrêmement approximatifs. Le jour où un nouvel outil permettra de véritablement vérifier en masse l’état des cellules ciliées de nos oreilles internes, il est vraisemblable que l’on s’aperçoive que les dommages sont bien plus présents que ce que l’on admettait jusqu’alors. Ce qui mettra à mal, mécaniquement, le discours que tiennent encore certains ORL, à savoir que bon nombre d’acouphènes ne sont pas liés à une perte auditive, même mineure. La réalité est que les outils actuels ne permettent tout simplement pas de détecter celle-ci – sans compter qu’une perte peut être temporaire, sans que la réparation ne se fasse 100% à l’identique.

Autre exemple : y a-t-il plus d’individus diagnostiqués HPI parce que les HPI sont plus nombreux, ou parce que les demandes de test le sont plus, ou encore parce que lesdites tests ont progressé (ce qui reste à prouver ceci dit…) ? Vous trouvez quelques éléments de réponse sur la page test HPI 😉

Aversion à la dépossession

Peut-être une des multiples raisons du succès du capitalisme dans l’Histoire : ce biais nous amène à accorder plus de valeur à un service ou à un bien lorsqu’on est en propriétaire.

Rappelons ici que la notion même de “propriété” évolue au fil du temps. Par ailleurs, gardons nous bien d’une vision binaire : être locataire ce n’est certes pas être propriétaire mais, tout du moins dans un pays comme la France, sous certains aspects, en est-ce si éloigné ?

Biais attentionnels

Biais d’attention

On parle de bais attentionnel quand nos perceptions se trouvent influencées par nos centres d’intérêt (attention sélective).

Biais mnésique

Effet de primauté

Tout simplement, il est habituel de se rappeler plus facilement les éléments d’une liste qui arrivent dans les premières positions.

Effet de récence

A l’inverse (d’une certaine façon), chacun à tendance à garder à l’esprit avec moins des efforts des éléments auxquels on a été soumis en dernier.

Contrairement à une idée largement répandue, le biais principal en jeu dans la corruption des copies d’examen à l’école ou à l’université est un peu différent, puisque les meilleures chances d’avoir une bonne note se produisent lorsque la copie corrigée juste avant est particulièrement médiocre.

Oubli de la fréquence de base

Ce biais est présent quand nous essayons d’évaluer la probabilité d’un événement sans tenir compte de la fréquence de base de celui-ci.

Effet de simple exposition

Avez-vous remarqué que vous avez tendance à plus apprécier une chanson si vous l’avez déjà entendu au moins une fois au préalable ? Ce biais, c’est exactement cela : quand on a été exposé à quelque chose ou quelqu’un, on a tendance à la juger plus positivement.

Notons que plusieurs études ont montré ces dernières années qu’autour de 27 ans l’être humain cesse de s’intéresser à de nouveaux genres musicaux. Ceci pour garder à l’esprit que les biais cognitifs font partie intégrante de notre nature humaine, du fait que nous sommes par essence des créatures limitées (plus ou moins, certes 😉 ).

Biais de négativité

On dit souvent que la peur fait vendre, ou que l’on réagit plus fortement aux chiens écrasés qu’à la petite voisine qui vient de réussir son brevet des collèges. Hé bien il se trouve que, toute chose étant égale par ailleurs, ce qui est de nature négative a tendance à avoir un impact plus fort sur nous que ce qui est neutre ou positive.

On parle de biais de négativité ou d”’effet de négativité”. Là encore, on peut se demander si ce biais ne contribue pas au succès des théories du complot et aux croyances alarmistes et catastrophistes.

Biais sensori-moteurs

On trouve enfin les biais sensori-moteurs, qui sont ni plus ni moins que des illusions, mirages, hallucinations etc.

Biais liés à la personnalité

Outre l’effet Barnum, évoqué plus haut, voici un autre biais cognitif qui entre dans cette catégorie :

Biais d’optimisme

“Ca n’arrive qu’aux autres”, ça vous parle ? 😉 Le biais d’optimisme semble profondément ancré dans l’esprit humain : le sujet se pense moins exposé à la plupart des risques qu’autrui.

Au quotidien, chacun peut observer cela sur la route : les jeunes conducteurs, en particulier, semblent mettre du temps à parvenir à sortir un tant soit peu des effets de ce biais, car ils adoptent facilement des comportements dangereux.

A ce titre, si le consensus tendait à admettre que les adolescents et jeunes adultes “trompent la mort”, parfois pour se sentir “plus vivants”, de nombreuses études ont mis en évidence le fait que bon nombre d’entre eux n’ont en réalité pas encore atteint un certain stade de maturité, une étape de la vie à l’occasion de laquelle ils prennent conscience véritablement de leur finitude, et tirent un trait, au moins partiel, sur leur illusion de l’immortalité, de la toute-puissance, caractéristique de l’enfance.

On note aussi les effets d’un tel biais dans les conduites à risque liées à l’alcool, à la drogue, ou encore aux maladies – sachant que le tout peut être aggravé par des croyances en la fatalité, au destin, une volonté divine (liste toujours non exhaustive).

Codex des biais cognitifs

Et puisque le sujet est inépuisable, n’hésitez pas à vous reporter à cet excellent codex des biais cognitifs :

biais cognitifs (codex)
Le codex des biais cognitifs – par Jm3 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=58115523

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à poursuivre votre lecture sur les biais cognitifs sur Wikipedia et, si le coeur vous en dit, en participant à la Discussion dédiée au sujet du biais cognitif au sein du Groupe Science.

A tout de suite !