Adulte surdoué et relation amoureuse
L’adulte surdoué et l’amour… Haut Potentiel Émotionnel, Haut Potentiel Intellectuel, surefficience... Voir la suite
Les langages invisibles de l’amour
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Les langages invisibles de l’amour
Je crois qu’aujourd’hui, je viens de comprendre quelque chose d’immense.
Quelque chose qui a toujours été devant moi sans que je mette réellement des mots dessus.
Pendant longtemps, j’ai cru que ma manière d’aimer était simplement « normale ». Pas parfaite. Pas meilleure qu’une autre. Juste logique. Naturelle. Évidente.
Quand j’aime quelqu’un, je donne. Je porte. J’aide. Je soutiens. Je fais passer les besoins des autres avant les miens.
Et quand je suis blessée, quand je me sens rejetée, incomprise ou peu reconnue émotionnellement, j’ai tendance à ressortir tout ce que j’ai fait pour les personnes que j’aime.
Pendant longtemps, je ne comprenais pas pourquoi certaines personnes le vivaient comme des reproches. Dans ma tête, ce n’était pas ça.
Pour moi, cela voulait dire :
« Regarde l’importance que tu as pour moi. »
« Regarde jusqu’où je suis capable d’aller quand j’aime quelqu’un. »
« Regarde tout l’amour qu’il y a derrière mes actes. »
Mais aujourd’hui, je crois que je comprends enfin d’où vient ce fonctionnement.
Il vient de mon père.
Mon père a beaucoup travaillé toute sa vie. Il a souvent été absent physiquement. Mais pourtant, je n’ai jamais douté de son amour. Jamais.
Parce que son amour ne passait pas par les grands discours. Il passait par les actes.
Travailler sans relâche pour nous offrir une belle vie. Nous permettre de partir en vacances. Donner sans compter. Aider les autres même quand il les connaissait à peine. Prêter de l’argent. Offrir. Être présent autrement.
Je l’ai vu toute ma vie aider les autres. Comme si aimer signifiait naturellement soutenir. Porter. Donner.
Et moi, inconsciemment, j’ai appris ce langage-là.
Alors forcément, je suis devenue pareille.
Et comme je n’ai jamais douté de l’amour de mon père malgré son absence ou sa manière discrète de montrer ses émotions, mon cerveau a associé cela à quelque chose de profondément vrai.
Pour moi, les actes sont devenus une preuve immense d’amour.
Mais aujourd’hui, je réalise aussi quelque chose d’autre.
Il n’existe pas qu’un seul langage émotionnel.
Et ça, c’est difficile à accepter quand on a grandi dans un système affectif qui semblait si évident.
Parce que moi, quand je donne énormément à quelqu’un, je pense lui montrer mon amour. Mais certaines personnes, elles, peuvent entendre autre chose.
Elles peuvent entendre :
« Je te rappelle tout ce que je fais pour toi. »
« Tu es en dette envers moi. »
« Tu ne seras jamais assez. »
« Un jour, tout ça va t’être renvoyé dans la figure. »
Et ce décalage peut créer des incompréhensions immenses.
Aujourd’hui, je comprends mieux pourquoi certaines de mes paroles ont pu être vécues comme des reproches alors que dans ma tête, elles étaient presque des déclarations d’amour maladroites.
Et je comprends aussi quelque chose sur moi.
Je suis HPE. Je ressens tout extrêmement fort.
Donc là où mon père agit beaucoup par le don et les actes mais arrive peut-être davantage à relativiser émotionnellement, moi je vis tout avec une intensité plus brutale.
Quand je donne, j’aime profondément. Quand je suis blessée, la douleur est immense. Quand je me sens peu reconnue, cela me transperce.
Et pourtant, malgré cette souffrance parfois, aider les autres continue de m’illuminer.
Parce que dans le fond, donner n’est pas seulement un comportement chez moi. C’est une identité.
Je me sens utile. Vivante. Alignée avec moi-même.
Mais je comprends aussi aujourd’hui que ce fonctionnement peut parfois m’épuiser.
Parce qu’à force de donner énormément, on finit parfois par attendre inconsciemment que l’autre voie enfin l’amour gigantesque qu’il y avait derrière nos gestes.
Et quand ce n’est pas compris, cela crée une solitude immense.
Je repense aussi à mon père.
Quand il boit un peu trop, il y a souvent de la tristesse qui ressort. De la colère. Des phrases comme :
« Avec tout ce que j’ai fait pour vous… »
Et aujourd’hui, je crois que je comprends enfin ce qu’il y a derrière ces mots.
Ce n’est peut-être pas seulement du reproche. C’est peut-être aussi des émotions refoulées pendant des années. Des besoins de reconnaissance jamais vraiment exprimés autrement. Une fatigue invisible. Le poids silencieux d’avoir porté énormément sans toujours savoir comment demander de l’amour en retour.
Et cette prise de conscience me bouleverse.
Parce qu’elle me montre que nous sommes souvent le résultat des langages affectifs dans lesquels nous avons grandi.
Nous reproduisons parfois sans le vouloir ce que nous avons appris comme étant l’amour.
Mais aimer ne se limite pas à une seule façon d’exister.
Certaines personnes aiment par les actes. D’autres par les mots. D’autres par la présence. Par le temps. Par la fidélité. Par la stabilité. Par les gestes. Par le silence.
Et peut-être qu’une des plus grandes difficultés humaines est justement d’apprendre à comprendre le langage émotionnel de quelqu’un qui ne ressemble pas au nôtre.
Je crois que cette réflexion marque une nouvelle étape dans ma vie.
Pas parce que je veux devenir quelqu’un d’autre. Mais parce que je commence enfin à comprendre d’où viennent certaines parties de moi.
Et comprendre ses mécanismes, ce n’est pas se trahir.
C’est peut-être simplement commencer à se rencontrer réellement soi-même.
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