Il me semble que ce qui est « utopiste » – je dirais plutôt idéaliste – est le fait de chercher avec espoir à imposer la réalisation de sa propre volonté au monde sans prendre en compte son état. Ce qui conduit inéluctablement vers une forme de déception. Vous l’avez d’ailleurs saisi et l’évoquez justement, le tribut de cette volonté injuste est alors un sentiment, ou état, pénible.
Il apparaît donc qu’il existe une voie de conduite plus profitable de parvenir à recevoir l’état de réalité avec un lucide détachement, de comprendre les possibles qui y sont offerts, et de fonder une volonté sur l’entendement de ces voies potentielles. De la sorte, vous vous assurez d’une part mesurée d’accomplissement satisfaisant.
Vous avez, ainsi, pu faire l’expérience de recevoir d’une manière plus détachée, et conséquemment profitable, la réalité qui vous entoure. Mais un tel détachement n’implique pas nécessairement de passivité, et ainsi de refuser toute forme de volonté propre. Puisque, comme évoqué, la volonté peut se construire sur l’entendement préalable de l’état de réalité.
Je suis donc d’accord avec vous sur le fait qu’il n’existe pas de personne voire d’environnement toxique, ou néfaste, par essence. Mais seulement des manières plus ou moins concordante ou discordante de conduire un rapport d’existence au domaine du monde commun.
Ainsi, je pense, pour reprendre votre tournure, qu’un être sage, lucide, que vous nommez « pragmatique » se trouve effectivement apte à recevoir les formes constitutives du monde par une compréhension fine et riche lui permettant de ne pas les juger comme toxique ou folle. Mais de les recevoir, en entendant une part suffisante de leur présent état, et donc de s’y adapter avec juste utilité. Jouissant in fine d’un rapport profitable en ce monde, dont il participe activement.