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Anecdote – "Douce France" : défilé du 14 juillet et Carte de Séjour
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Anecdote – "Douce France" : défilé du 14 juillet et Carte de Séjour
En ce moment, nous pouvons assister au défilé du 14 juillet sur nos télévisions. <div>
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Il y a quelques instants, les cuivres entonnaient le titre « Douce France » de Charles Trenet.
Titre qui a une signification particulière pour ma maman, qu’elle a tenu à me partager:
Dans les années 70, alors qu’elle était adolescente, le groupe « Carte de Séjour » du chanteur Rachi Taha sortait une reprise raï de « Douce France ».
A l’époque, beaucoup critiquèrent cette reprise. Or, le nom du groupe et le choix d’interpréter cette chanson sont intéressants car révélateurs du contexte socio-historique de l’époque : la guerre d’Algérie et surtout : les consequences de l’après-guerre.
En Algérie, en 1956, mon grand-père fût caché dans une mâle par ma grand-mère, afin d’échapper aux fellaghas qui venaient l’embrigader. Deux de mes tatas, alors enfants, furent assises sur cette mâle « mine de rien », tandis que les fellaghas interrogeaient ma grand-mère. Elle prétendit qu’il etait parti travailler dans les berges de Kherrata, pour plusieurs semaines…
Puis, mon grand-père alla vite demander à son patron de l’envoyer travailler sur des chantiers en métropole française. C’est ainsi que ma famille arriva dans le Beaufortain et échappa à cette guerre. Ma maman avait alors deux mois.
Néanmoins, après les Accords d’Evian (62) , il fut nécessaire de clarifier les identités : qui était Français ? Qui était Algérien ?
C’est ainsi que beaucoup de Français « nés en Algérie » mais résidents en France (et aimant la France ET l’Algérie…) durent faire le choix de leur nationalité. Ceux, n’ayant pas l’âge légal pour le faire, (comme ma maman, encore trop jeune) devinrent des étrangers ayant une « carte de séjour » en France.C’est bien plus tard, vers ses 16/18 ans, qu’elle demanda et obtena « sa naturalisation par décret de réintégration ».
Pour toute cette deuxième génération, celle d’enfants d’immigrés algériens, avoir une « carte de séjour » était un peu la honte. Cela démontrait que vous aviez, en quelque sorte, le cul entre deux chaises. C’est souvent ce qui arrive lorsque vous devez fuir un pays que vous aimez, car y rester : c’est tuer ou être tué.
C’est ainsi que cette génération grandit avec l’idée qu’ils n’étaient pas vraiment Français, ou seulement des Français de seconde zone…. Et, à l’école, on ne manquait pas de le leur rappeler. Mais fasse aux incompréhensions et parfois au racisme : on ne disait rien. On ne se plaignait pas. On restait digne et on serrait les dents. « Ça passera ». D’ailleurs c’était la même chose pour les immigrés italiens par exemple.
On comprend mieux alors le choix du nom de groupe de Rachi Taha : « Carte de séjour », ainsi que le choix d’entonner les paroles de Douce France : « Douce France, cher pays de mon enfance…je t’ai gardé dans mon coeur ».
. »Carte de séjour » : moyen d’identification de cette génération « bâtarde ».
C’est crier son Amour à un pays que l’on considère pleinement comme le sien, qui est celui dans lequel on a grandit, mais qui nous renvoie parfois (souvent) le fait que l’on demeure, pour beaucoup, des « étrangers ». C’est porter l’héritage de parents immigrés et toutes les questions identitaires que cela entraîne.
Mais qu’il vaut mieux en rire et surtout chanter.
Chanter et profiter autant que faire se peut de la vie. https://youtu.be/JcHixlFoc78?si=K9fi57f56CEHkPAL
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