Bonjour Malcolm, à tous, les amis HPI et autres acronymes,
A lire ton témoignage, je comprends que je ne suis pas (plus) seul. Être atypique, dans un milieu aussi conformiste que la sphère dont je fais partie professionnellement, relève du défit permanent.
J’ai 50 ans, et de plus, je suis porteur de handicaps sensoriels légers, mais invalidants.Et si ça ne suffisait pas : je suis atypique dans un monde défini par Christelle PETITCOLIN, comme étant « normo-pensant » selon la proportion (qui n’est pas divine celle-là !) de 4 %/96 %.
Et dans « j’ai pas les codes », Christelle PETITCOLIN explique parfaitement bien le drame de l’atypique : non seulement, il passe pour bizarre, décalé, non conforme, « ayant des réponses bizarres », loufoque, mais en plus, le fait qu’il le soit n’intéresse absolument personne. Mais alors personne…
En effet, même si vous finissez, comme moi un jour, par comprendre comment vous fonctionnez et ce qui vous anime, ne comptez par sur les normaphates pour s’y intéresser. Ils se fichent de ce qui ne leur ressemble pas.
Le psychologue du travail m’a récemment qualifié d’HPI et d’atypique (c’est gentil) . Et m’a recommandé de lire « j’ai pas les codes » et « je pense trop » de Christelle PETITCOLIN, ce qui éveillé en moi une brutale prise de conscience. Après des années Freud, Lacan, Cyrulnik, André, Nietzsche (enfin, surtout Nietzsche…)
Je suis comme vous :
– je m’emmerde en réunion avec des gens qui se prennent aux sérieux pour des sujets qui m’apparaissent si futiles…si futiles…
– J’ignore les considérations vestimentaires, sujets ô combien importants pour nombre de mes collègues
– Je me fiche de la marque de ci ou de ça (dernière voiture, montre, modèle de ci ou de ça)
– Je me fiche de ragots et commentaires sur la vie privée des autres
– Je ne cherche pas à m’habiller pour paraître et je me fous d’avoir des vêtements ou des chaussures de marques
– Je suis toujours décalé en réunion (aussi parce que je suis (aussi) TDAH.
– Mes réponses étonnent mais les réactions à mes réponses m’étonnent aussi. J’ai tant de mal à comprendre qu’on ne comprenne pas, parce que je cherche toujours à répondre avec avec justesse et sincérité.
– Je me fous des futiles conflits de Mme machin avec M. Truc, qui est ceci ou cela. Et je refuse de prendre parti dans les conflits ce qui me vaut le qualificatif de « gentil naïf »
– On me qualifie volontiers de bizarre et d’atypique parce que je fais facilement rire les autres. J’ai d’ailleurs compris récemment que ma liberté de penser et mon indépendance d’esprit – construites à grand peine – , non seulement me dissociaient d’eux en ce qui concerne les références sociales, mais également leur servaient de support afin que, de temps en temps, ils puissent sortir de leur cage normative. C’est si utile d’avoir un bouffon qui en réunion fait rire tout ce monde sérieux avec un jeu de mot ou une citation, un aphorisme bien placé. Depuis, j’assume un peu mieux que ma gueule souriante le matin fasse rire ceux qui font la gueule. Ils sont tous ce qu’ils faut pour être heureux et se plaignent de ne pas l’être, et moi, je suis celui qui vient au bureau heureux d’être là, un jour de plus.Juste un jour de plus.
Eux, ne m’aiment pas, dans le fond. Sois, je suscite l’admiration, soit, la crainte rien entre les deux. Enfin, professionnellement, ils n’ont pas à m’aimer bien-sûr, mais ils ne me reconnaissent pas comme « un des leurs avec qui ils sont certains que les réponses qu’ils auront en écho à leurs propos du matin, ne les mettra pas mal à l’aise ». Mais moi, j’avoue volontiers que je me suis pris de sympathie pour certains d’entre eux. Je m’amuse observer très nettement visibles, leurs changements d’états de conscience en fonction de leurs émotions (surtout en réunion). Ou encore, les sempiternelles contradictions dans lesquelles ils s’emmêlent car ils sont souvent oublié ce qu’il m’avait affirmé de parfaitement contraire à ce qu’ils affirment aujourd’hui, sur un même sujet. Ce que bien souvent, ils ont eux-mêmes oubliés alors que moi, non et souvent au mot prêt. Je supporte comme je peux. Comme je supporte et j’observe leur adhésion puis répugnance à des codes, tics de langage, et autres modes furtives. Les « du coup » à longueurs de phrases m’insupportent. Pour eux, leur subconscient est rassuré d’entendre et de partager les mêmes codes inconscients. Si rassurant … Tout comme ils sont capables de se battre dans un colloque pour avoir leur chaise par trop loin des huiles qui nous dirigent… des fois qu’on les remarque…
Parfois même, on me consulte. Mais toujours discrètement bien-sûr, jamais publiquement. Je ne suis pas ingrat. J’assume difficilement le faire d’être atypique, même si c’est difficile.
Pour conclure, n’attendez rien de gens qui structurellement ne pensent et ne penseront jamais comme vous. Ils ne le peuvent pas, tout simplement. Les moins c…s d’entre-eux finissent par comprendre à grand peine qu’ils peuvent finir par en tirer quelque chose. Mais c’est rare.
Il faut dire que j’ai 50 ans. Les codes, je commence à m’en moquer très sérieusement. 10 ans de psychanalyse, des années de TTC, et des cycles d’hypnothérapie m’ont rapproché au plus prêt de ce que je suis : un homme libre et un libre penseur. Pour la sagesse, on verra plus tard.
La liberté d’être atypique est une mauvaise compagne. D’abord parce qu’on ne la pas choisie. On la subit. On finit par s’y habituer. Mais on ne la dompte jamais. Mais mieux vaut cela, que de finir conformiste, écrasé d’angoisse par le fait de ne plus être dans la norme. Car pour eux, les accidents arrivent aussi. Mais ils ne savent pas, les conformistes, les normo-pathes, bien assis dans leurs certitudes, que la baffe dans la g…le dans la vie, ne vient jamais du côté où on l’attend.
Et finalement, nous les atypiques les HPI, les TDAH, les bizarres avons peut-être une longueur d’avance sur les normo-pensants : nous sommes majoritairement habitués depuis très longtemps à souffrir, subir, le poids du conformisme, de l’exclusion d’une norme inintéressante tout autant qu’inatteignable pour nous. Les normo-pensants, eux, semblent insensibles à la douleur, jusqu’à qu’un emmerdement gravissime les frappent. Souvent, ils ne s’en remettent pas car ils n’ont pas été habitués à supporter un reflet social d’eux-même qui leur apparaîtrait subitement dégradé, et qui finirait par les exclure ce que qu’il ont tant aimé, sans le savoir.
Dans fond, leur norme, moi je n’en veux pas. Elle est ingrate : il ne suffit pas d’avoir été normopathe pour l’être ad vitam. Ceux qui l’apprennent, le font généralement à leur dépens… car leur norme est indéfinissable. Il s’agit plus, je pense, d’une adhésion spontanée à la norme tribale qui rassure le groupe humain. Celui qui adhère à la norme du chef, se peint les mêmes couleurs et obéis, mange et profite des bien-faits de la tribu. Celui qui n’y adhère pas, par indépendance d’esprit, est banni du groupe. l’atypisme est une peur ancestrale gravée en nous…
Donc, mes amis et collègues HPI, bizarrres, et autres handicapés du bulbe, vous me direz si vous le voulez de ce que vous pensez de mes constats et réflexions.
Courage, nous ne sommes pas seuls ! Et les normopathes n’ont qu’à bien se tenir. Car il serait très difficile pour eux de nous exclure du reste de l’humanité, simplement en raison d’un atypisme et d’une norme qui reste à démontrer et qui n’est même pas codifiée…
Et comme j’expliquais l’autre jour à un agent handicapé qui souffre tous les jours du regard condescendant de collègues incapables de le considérer pour sa belle intelligence à défaut de son physique : « les handicapés, ce sont eux, pas nous ».
Amitiés à tous, HPI, TADH, RQTH et autres atypiqueset que Malcolm soit rassuré, il est sur la bonne voie.
Laurent
HPI, TDAH, RQTH, anticonformiste, imparfait, libre et heureux