@minos :
Oui, on peut n’éprouver aucun remord ou même du plaisir à faire du mal aux autres… A différents degrés… Mais généralement, quand on cherche à détruire quelqu’un c’est qu’on pense qu’il représente un danger pour nous ou les autres. Et j’ai parfois été perçue comme étant un danger. Mais j’ai déjà été aussi perçue comme un sauveur… Alors que je ne vois pas comme étant l’un ou l’autre.
J’ai déjà rencontré notamment des violeurs qui n’avaient aucun remords, et au contraire justifiaient leurs actes. Un avait même violé sa compagne, sous prétexte qu’elle était trop « passive », et il voulait simplement « voir » si là aussi elle se laisserait faire… Ce gars était un pompier. Ironique. Il devait sûrement allumer des feux, lui-aussi, qu’il allait éteindre ensuite ? En tout cas, quand tu accompagnes pour la première fois chez le gynécologue une jeune femme qui a subit des violences sexuelles, je ne te dis pas comment elle s’accroche à ton bras et comment elle t’écrase la main, tant elle est terrifiée… Tout peut arriver dans ce monde… Le meilleur comme le pire… Le pire comme le meilleur…
Lorsque j’étais petite, mes parents me racontaient comment mon grand-père avait échappé à un massacre en Indochine, et toutes ces mains que les anglais avaient coupées quand les français essayaient de monter sur leur bateau du côté de Calais pour essayer de se sauver, ou encore cet ordre qui avait été donné de continuer à combattre alors que la missive pour cesser le combat avait déjà été reçue, ou encore tous ces Lannionnais qui avaient été jetés vivants par des Allemands dans des brasiers… Et eux qui me disaient qu’ils n’avaient pas prévu ni voulu de 3ème enfant s’étonnaient ensuite que la seule chose qui me fasse vraiment peur enfant était de me faire mutiler, et que je n’arrêtais pas de me sauver ou de me cacher… De toute façon, je pensais que tous les adultes étaient des aveugles mentaux qui prenaient les enfants pour des idiots, qu’il fallait protéger les enfants d’eux, et parfois des autres enfants, et même aussi, d’eux-mêmes…
Mais au bout d’un moment, lorsque tu n’as plus la force de te battre, tu n’as plus envie de protéger personne, même pas toi-même… Mais tant que tu restes en vie, tu peux souvent encore finir par retrouver des forces et te relever et tenir sur tes 2 jambes, afin de pouvoir affronter tout ce qui doit l’être. Mais inutile de se créer encore plus de combats, car il y en a suffisamment à mener comme ça.
Se mettre hors de soi c’est se combattre soi-même, se mettre en colère c’est bouter les autres dehors pour se protéger d’eux, se mettre en rage c’est aller envahir les autres pour les détruire… Mais j’aime autant la paix si elle est possible.
Je ne perds jamais de vue que combattre n’est pas la seule option possible, on peut aussi fuir. Et je n’ai aucune honte ou scrupule à le faire pour me protéger… Et encore moins si c’est pour protéger quelqu’un d’autre que moi… Mais parfois il y a des combats qu’il faut absolument mener, et quand on considère que quelqu’un est dangereux, il me semble normal de vouloir le détruire. Si par contre c’est quelqu’un qui ne représente aucun danger… Pourquoi se battre avec lui ? Pourquoi chercher sa destruction ?
Mais chaque individu est différent… Et il faut tellement de temps pour apprendre à connaître l’autre… Et tout le monde, pour moi, cache quelque chose, ne serait-ce que parfois un humanisme tellement fort que malgré le fait qu’on puisse être gelé, on peut sentir ses membres se réchauffer…