Ecriture – format Ă©pisodique – nouvelles et histoires courtes



  • Ecriture – format Ă©pisodique – nouvelles et histoires courtes

     albertnonime mis Ă  jour il y a 1 semaine, 5 jours 3 Membres · 12 Articles
  • etienne31

    Member
    2 février 2020 at 11 h 30 min

    Qui aime bien Ă©crire ? Cela m’arrive de temps Ă  autre.
    J’ose, avec un certain effroi tout dissimulĂ©, vous partager un court Ă©pisode d’une sĂ©rie que j’ai commencĂ© a Ă©crire il y a peu.

    Il n’y a pas de titre  :

    C’était un jour en apparence comme les autres.

    J’entrais dans le compartiment du tram, pour le trajet habituel d’environ cinquante minutes du jeudi matin.

    Il Ă©tait plutĂŽt dĂ©sert pour une fois. Juste quelques personnes assises et debout, laissant la majoritĂ© des siĂšges, peut-ĂȘtre les trois quarts, libres pour qui voulait.

    Je m’empressais de prendre le premier siĂšge proche de l’entrĂ©e empruntĂ©e. Directement la place prĂšs de la fenĂȘtre, pour pouvoir observer l’extĂ©rieur, le paysage, en attendant la destination voulue.

    A l’arrĂȘt suivant, 3 ou 4 personnes s’invitĂšrent dans mon wagon.

    Parmi eux, une jeune femme, sans doute d’à peu prĂšs mon Ăąge, attira immĂ©diatement mon attention. Je ne saurais dire. Elle avait ce quelque chose qui font que, Ă©trangement, le seul fait de la regarder fait s’effacer tout le reste du monde autour d’elle. Il n’y avait plus qu’elle, seulement elle, et rien d’autre.

    Elle entra, fit une pause en regardant tout autour d’elle, d’un air assez dĂ©cidĂ©, tout en prenant son sac Ă  dos en main, et pour une raison que je n’avais alors pas comprise, aprĂšs avoir laisser son regard faire une pause dans ma direction l’espace de 3 secondes, s’asseyait juste Ă  cĂŽtĂ© de moi, Ă  ma droite.

    Ce faisant, elle effleura Ă  peine ma cuisse de la sienne, et je senti alors comme une dĂ©charge Ă©lectrique se rĂ©pandant dans tout mon corps, telle une dĂ©flagration Ă©nergĂ©tique. D’une part vers le bas de la jambe, et d’autre part, en mĂȘme temps, vers la hanche, tout le cĂŽtĂ© droit de mon corps, puis l’estomac, le cƓur, les boyaux et l’entre jambe, avant de se dissiper peu Ă  peu. Mais qu’est ce qui venait de se produire ? Je n’en savais rien. Mais j’avais aussi tout Ă  la fois comme un trĂšs lĂ©ger tournis et la sensation soudaine d’ĂȘtre dans une sorte de brouillard.

    Elle Ă©tait lĂ , assise Ă  ma droite, et suite Ă  cette sensation, instinctivement, je me rapprochais un peu plus de la fenĂȘtre, m’appuyant lĂ©gĂšrement sur le rebord, trĂšs lĂ©gĂšrement tournĂ© vers elle. Je n’arrivais pas Ă  m’empĂȘcher de la regarder, la surveiller, du coin de l’Ɠil. Comme paralysĂ© suite Ă  la sensation subie, l’analysant de la tĂȘte aux pieds ainsi que ses moindres faits et gestes.

    AprĂšs s’ĂȘtre assise, son sac posĂ© sur les genoux, elle sorti de celui-ci un bouquin qu’elle se mit immĂ©diatement Ă  lire.

    Je continuais de l’observer, en silence. Avec ses lunettes assez classiques dont la forme, entre le cercle et le parallĂ©logramme, semble ĂȘtre Ă©laborĂ© pour s’adapter Ă  la forme du visage. Ses cheveux relĂąchĂ©s Ă  la couleur surnaturelle, d’une teinte virant entre le bleue nuit et le bleu Ă©lectrique, ondulĂ© et presque bouclĂ©s sur les pointes, tombaient presque jusqu’à ses Ă©paules. Elle semblait totalement absorbĂ©e par sa lecture au point d’en oublier le monde extĂ©rieur, lĂ©gĂšrement voutĂ© vers l’objet prĂ©sent de son attention. Je n’arrivais pas Ă  lire le titre du livre en question en raison de sa façon de le tenir. Je distinguais sa nuque, fine et douce, avec sa couleur de lait lĂ©gĂšrement rose caramel.

    Cela ne devait pas faire dix minutes qu’elle Ă©tait plongĂ©e ainsi dans son univers, lorsque soudainement elle releva la tĂȘte, se redressant, tout en laissant se poser le livre tenu entre ses deux mains sur son sac toujours sur ses genoux, regardant droit devant elle. Elle ferma celui-ci aussi net tout en remettant son marque page, tournant la tĂȘte vers moi, presque me dĂ©visageant avec ses sourcils haussĂ©s, et de demanda alors : « vous prenez souvent ce tram ? ». Surpris par son volte-face, je rĂ©pondis timidement par un « Hein ? heu 
 je 
 ». Je devais avoir une sorte de surprise mĂȘlĂ©e d’inquiĂ©tude sur mon visage, car elle laissa se dessiner sur le sien un sourire se voulant rassurant et doux. Elle rajouta alors « C’est la premiĂšre fois que je vous y vois. Pourtant je l’emprunte assez rĂ©guliĂšrement. ». Elle marqua une pause, m’observant profondĂ©ment comme pour essayer de me sonder jusqu’au plus profond de l’ñme tout en rangeant son livre. « Coralie ! » dit elle alors en me tendant la main, comme pour me saluer. Je regardais sa main, puis son visage, tendais alors la mienne en rĂ©pondant « Alexandre. Et 
 euh 
 enchantĂ© de faire ta connaissance ». « EnchantĂ©e aussi ! » rĂ©pondit elle alors, avec un sourire qui illumina son visage, comme ravie de mon approbation, Ă  la vue duquel je me senti Ă©trangement beaucoup plus dĂ©tendu, comme soulagĂ©. « A quelle station vous arrĂȘtez-vous ? » dit-elle alors. « au terminus » rĂ©pondit je. « Ah 
 trĂšs bien ! Cela nous laissera le temps de discutailler un peu ! » ajouta-t-elle, cette fois ci avec un sourire mĂȘlant la joie et une lĂ©gĂšre timiditĂ©, comme si elle Ă©tait un peu gĂȘnĂ©e d’avouer sa pensĂ©e, et peut ĂȘtre d’autres inavouables. Au mĂȘme moment, je sentais un afflux sanguin vers un point prĂ©cis de mon corps, tout en me disant que peut ĂȘtre s’en Ă©tait-elle rendu compte, ou que sinon elle s’en rendra compte tĂŽt ou tard ; ce genre de problĂ©matique propre Ă  l’homme face Ă  une belle femme. « Qu’étiez vous en train de lire ? » demandais je. « Ah 
 ça ? C’est « La synchronicitĂ©, principe de relations acausales » de Jung 
 c’est assez particulier, je l’avoue ! » rĂ©pondit elle.

    Je vous passe les dĂ©tails, mais nous discutions alors un peu de philosophie, hasard, causes et raisons Ă  l’existence, en tout cas le temps qu’elle arrive Ă  son arrĂȘt, l’avant derniĂšre station.

    A l’annonce « prochain arrĂȘt 
 », elle s’exclama brusquement « Ouh .. lĂ  ! C’est mon arrĂȘt ! Es-tu libre les week end ? ». « Ça dĂ©pend » lui dis-je. « C’est quoi ton tel ? » dit-elle alors. Je lui donnais le numĂ©ro, Ă  la suite de quoi elle tapota sur ton tĂ©lĂ©phone, et quelques secondes aprĂšs mon tĂ©lĂ©phone vibra pour annoncer la rĂ©ception d’un message. « TrĂšs bien ! » dit-elle. « Ainsi, tu peux m’appeler si tu fais rien dimanche prochain, au cas oĂč on ne se reverrais pas avant ! » avec un large sourire un peu infantile. Elle remballa alors ses affaires, pris un air sĂ©rieux, quasi solennel, avec un doux sourire, et me dit alors « A dimanche » tout en partant. Je luis rĂ©pondit instinctivement « Oui Ă  dimanche. » tandis qu’elle se sauvais sans se retourner, et elle disparut Ă  travers la porte du tram qui se referma tout juste aprĂšs.

    J’étais comme dans un rĂȘve, perdu dans mes pensĂ©es. Cette Ă©trange bien que courte discussion semblĂąt tout ĂȘtre en rapport avec ce qu’il venait de se passer. Je ne connaissais alors pas vraiment les synchronicitĂ©s, mais ce fut comme si tout l’univers nous avait prĂ©parĂ© cette rencontre. Et si moi, de mon cĂŽtĂ©, j’avais plus l’impression de subir, peut-ĂȘtre un peu bloquĂ© par mon intellect, elle du sien semblait parfaitement savoir tout ce qu’elle faisait. Comme si elle savait, ou avait appris Ă  savoir, Ă  se laisser guider par, comme elle les appelle, ses maĂźtres intĂ©rieurs.

    Je me sentais comme un danseur se laissant guider par sa cavaliĂšre. Ce qui a, en tout cas pour ma part, un cĂŽtĂ© dĂ©routant, car Ă  l’accoutumĂ©e j’ai ce dĂ©sir et besoin profond de pouvoir tout maĂźtriser, bien que sachant la tĂąche impossible.

    Le lendemain soir, pourtant, je sentis comme un appel intĂ©rieur, un besoin, et tel un zombi je pris mon tĂ©lĂ©phone pour l’appeler, un peu maladroitement, comme si j’étais alors possĂ©dĂ© par une force me dĂ©passant et contre laquelle je ne pouvais pas lutter. Peut ĂȘtre est cela, le dĂ©sir ? Ais je Ă©tĂ© envoutĂ© ? EnsorcelĂ© ? Me disais-je en moi-mĂȘme, parmi milles autres question du mĂȘme acabit.

     

    A suivre … (ou pas)
    (J’Ă©cris beaucoup de textes de la sorte, parfois sans jamais revenir dessus, ni jamais le finir … c’est qu’il y a tellement de choses Ă  faire !)

  • Max

    Member
    2 février 2020 at 13 h 43 min

    Je peux vous faire partager un texte moi aussi ?  Pas du tout le mĂȘme style, pas de suite pour l’instant non plus, bien que je rĂȘve de le voir aboutir Ă  un vrai roman…

    “Mais comment c’est possible de s’en tenir lĂ  ? Tu n’as donc plus de rĂȘves, plus de projets ?

    – Bien sĂ»r que j’ai des projets, le premier c’est d’offrir un environnement stable Ă  nos enfants !

    – Mais pour toi ? Ton seul espoir c’est de conserver ton boulot, ta maison bien rangĂ©e et ta petite vie immobile ? On n’a donc plus rien Ă  espĂ©rer, on va juste attendre lĂ , comme des cons, que les 50 prochaines annĂ©es s’Ă©coulent. C’est pas possible, on dirait vraiment qu’on est morts Ă  l’intĂ©rieur ! Tu te souviens, il y a 10 ans de ça? On campait dans notre chambre de bonne, on avait chaud l’Ă©tĂ©, froid l’hiver, on savait pas comment on allait se payer Ă  bouffer, on pinaillait pour tout mais putain, la vie avait quand mĂȘme plus de couleurs ! Maintenant notre seul Ă©lĂ©ment de suspense, c’est de savoir qui est le prochain Ă  crever dans Game of Thrones !

    – Ah oui ? Ça te manques Ă  toi les pannes de voitures, les chĂšques en bois et les emmerdes Ă  n’en plus finir ?

    – En fait, oui. J’ai l’impression d’ĂȘtre anesthĂ©siĂ© dans notre vie actuelle, j’ai envie d’aventure mais j’ai pas le courage de la crĂ©er, j’ai des rĂȘves plein la tĂȘte mais je n’ai mĂȘme pas le courage d’y rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement. Comme si la facilitĂ© me tuait Ă  petit feu, c’est tellement facile d’allumer la tĂ©lĂ©, la console ou le PC et de perdre trois heures
 Au moins quand on n’avait rien, on avait du courage, on se demandait comment faire pour arranger les choses, et on le faisait. Je crois que c’est ça le plus dur, plus personne ne bouge parce que plus personne n’a besoin de bouger. J’ai envie de m’engager dans des associations, d’aider les gens que je croise, mais dĂšs que je pense faire quelque chose comme ça, je sais qu’on va encore me trouver bizarre, que mes collĂšgues vont se moquer de l’idiot qui fait des truc qui ne rapportent rien, et pire que tout, j’ai peur de te dĂ©cevoir, que tu penses que je prĂ©fĂšre travailler pour tout le monde sauf pour nous.

    – Bien sĂ»r que je vais penser ça, tu as plein de choses Ă  faire dans la maison, pourquoi tu irais chercher de l’occupation ailleurs? Moi je passe mes journĂ©es Ă  ranger, nettoyer et essayer de conserver une maison propre, j’aurais bien besoin de ton aide, mais toi, tu me dis tranquillement que tu t’ennuies et que tu veux aller faire du bĂ©nĂ©volat


    – Je comprends ce que tu veux dire, seulement je ne trouve pas ça intĂ©ressant, j’aimerais vraiment trouver la mĂȘme motivation que toi pour toutes ces tĂąches mĂ©nagĂšres mais c’est trĂšs difficile de m’y astreindre.

    – Parce que tu crois que c’est mon grand plaisir dans la vie ? Mais il faut bien que quelqu’un le fasse et vu que je ne peux pas compter sur toi


    – Mais c’est lĂ  que j’ai du mal Ă  comprendre, c’est ça la vie ? Une succession de trucs chiants jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive ? Ce qui me fait vraiment peur, c’est qu’on soit considĂ©rĂ©s comme des “actifs”, vu comme ça bouge, imagine une vie de retraitĂ© !

    – Eh oui, c’est ça la vie, tu croyais quoi ? Que tu aurais une vie pleine d’action ? Ça c’est que dans les films, dans la vraie vie, on est responsables et on s’occupe de sa femme et de ses enfants.

    – Je comprends mieux pourquoi il y a tant de gens qui picolent, comment tu veux ĂȘtre Ă  la fois lucide et heureux ? Je vais aller faire un tour, essayer de me calmer et j’essaierai de rentrer un peu moins amer


    – C’est ça, va souffler un coup, et reviens moins chiant, histoire que je me rappelle pourquoi on est ensemble !”

    RĂ©mi enfila sa veste et ses chaussures, se gardant bien de dire un mot de plus, il prit ses clĂ©s et passa la porte en coup de vent. Une fois dans sa vieille CitroĂ«n, il mit le contact et dĂ©marra sĂšchement, comme si toute la violence de son ressentiment, son dĂ©goĂ»t pouvait ĂȘtre transmis au moteur. Bien entendu, l’automobile, dĂ©jĂ  trentenaire, protesta bruyamment, mais il n’en avait cure, il avait besoin de sensations fortes, d’un peu d’adrĂ©naline pour irriguer son cerveau endormi
 Il parcourut ainsi une dizaine de kilomĂštres, n’ayant d’autre but que d’enchaĂźner les virages et les accĂ©lĂ©rations, il grommelait de temps en temps, sa colĂšre dĂ©passant le cadre conjugal et s’Ă©tendant Ă  l’humanitĂ© entiĂšre.

    Peu Ă  peu, sa conduite, associĂ©e Ă  son humeur, se fit plus calme, ses yeux commencĂšrent Ă  quitter peu Ă  peu la route, et il se prit Ă  admirer le paysage tout en contraste de sa belle campagne. Enfin apaisĂ© il se gara prĂšs d’une petite chapelle au sommet d’une butte, un coin Ă  touristes, oĂč les familles viennent faire leur petite promenade digestive
 Heureusement, en plein mois d’octobre, l’endroit Ă©tait dĂ©sert. Il sortit de sa voiture, s’adossa au capot, et alluma une cigarette. Ses yeux parcouraient les lieux et s’imprĂ©gnaient de leur beautĂ© ; l’Ă©glise Ă©tait minuscule, peut-ĂȘtre l’une des rares montrant un minimum d’humilitĂ© devant les cieux, un cimetiĂšre tout aussi humble, vingt ou trente tombes, ni austĂšres ni ostentatoires, juste quelques fragments de vies Ă©chouĂ©s lĂ , des petites tombes de petites gens. Un monument aux morts cĂ©lĂ©brait la mĂ©moire des quatre poilus du coin.

    Tout ici Ă©tait tranquille, et RĂ©mi eut l’impression de s’ĂȘtre trouvĂ© un petit sanctuaire, bien sĂ»r, avec le calme vint le remord, il n’aurait jamais dĂ» s’adresser Ă  StĂ©phanie de cette façon, c’est elle qui avait raison, comme toujours
 Mais quand mĂȘme, il n’allait pas tout simplement faire ses excuses et rentrer dans le rang comme ça ! Toute cette existence semble si vaine ! Il aurait aimĂ© pouvoir vider son sac devant elle, mais elle n’aurait pas compris, elle aurait juste entendu qu’elle ne lui suffisait pas, alors que la derniĂšre chose au monde que RĂ©mi souhaitait, c’Ă©tait lui faire de la peine
 De la mĂȘme façon, il ne pouvait lui exprimer l’ampleur de son amour, il l’aimait avec toute la force de son dĂ©sespoir, elle Ă©tait le seul Ă©lĂ©ment sur lequel il pouvait s’appuyer, la seule personne en qui il avait une confiance absolue ; quand il lui dit qu’il n’aime qu’elle, ce n’est pas qu’un engagement de fidĂ©litĂ©, c’est rĂ©ellement d’exclusivitĂ© dont il est question : les humains dans l’ensemble composent Ă  ses yeux une immense masse grouillante d’Ă©goĂŻsme et de perversitĂ©, tous plus bĂȘtes les uns que les autres


    Heureusement, il avait trouvĂ© ce petit coin de paradis
 Paradoxalement bĂąti par la catĂ©gorie d’humains qu’il mĂ©prisait le plus, tous ces bigots convaincus d’avoir la raison alors qu’ils n’ont que la foi
 En tout cas, ils savaient ce que voulait dire sĂ©rĂ©nité ”

    Je vous laisse en faire la critique Ă  votre guise..

  • Max

    Member
    2 février 2020 at 13 h 51 min

    @etienne31

    Sinon, j’aime bien ton texte, il s’y trouve beaucoup de narration que je n’arrive pas Ă  incorporer quand j’Ă©cris. J’aime moins l’utilisation de la premiĂšre personne, mais ce n’est qu’une question de goĂ»t.

  • etienne31

    Member
    2 février 2020 at 14 h 49 min

    Merci @max ; je te rejoint, on apprĂ©cie ou non certaines formes de prĂ©sentation d’Ă©criture.
    Ce que je trouve amusant, ce sont les cas oĂč les lecteurs s’insurgent contre l’Ă©crivain, avec des affirmations, en parlant d’un des protagonistes, du genre “Ah mais non ! il n’aurait jamais fait cela !”. Comme si le lecteur s’appropriait les personnage, et dĂ©cidait de ce qu’il est, comme il doit agir ou rĂ©agir, et ce qu’il doit faire et penser. C’est assez drĂŽle.

    Oui, j’ai vu qu’il y avait un autre sujet d’Ă©criture, mais plus portĂ© sur la poĂ©sie, alors j’ai partagĂ© ici. Tout le monde est le bienvenu pour partager et soumettre Ă  critique ses petit et moyens textes.

  • etienne31

    Member
    4 février 2020 at 10 h 54 min

    Rapidement, j’ai apportĂ© quelque modifs au premier jet prĂ©cĂ©dent, et en complĂ©ment je me suis permis l’exercice d’Ă©crire ceci :

    Second point de vue :

    « Encore un réveil difficile ! » pensais en ce jeudi qui commençait bien gris.

    Petit dĂ©j, douche, coups de brosse rapide, maquillage et habillage pour ĂȘtre prĂ©sentable, prĂ©paration de sac Ă  dos, et hop direction mon rendez-vous matinal pour mon futur nouvel emploi !

    Entre ma sortie du lit et tout le reste, le vent sembla avoir poussĂ© les quelques nuages qui assombrissaient le ciel, et un bleu Ă©clatant laissait place Ă  toute la splendeur de l’astre solaire, illuminant les milles couleurs saisonniĂšres. La calme et douce brise parfumĂ©e par les mimosas m’accueillait Ă  la sortie de mon bungalow. Quelle belle saison que le printemps !

    Je marchais donc sous un beau soleil, d’un pas soutenu, en direction de l’arrĂȘt du tramway. A peine 1 kilomĂštre de mon logis. Quelle chance de pouvoir habiter dans un si beau coin !

    Arrivant Ă  proximitĂ© de mon arrĂȘt, et Ă  la vue du tram arrivant au loin, je pressais encore plus le pas pour ne pas manquer celui-ci, accĂ©lĂ©rant Ă  la limite du trot.

    Je bousculais au passage un homme d’un certain Ăąge, habillĂ© de façon chic, tout en lui criant « excusez moi, chuis pressĂ©e » au passage en rĂ©ponse Ă  son « hĂ©Ă©Ă©Ă© ! Mais faites donc attention ma p’tite dame ! ».

    Je rejoignais alors la poignĂ©e de personne s’apprĂȘtant Ă  rentrer. Au moins, ce n’était pas la cohue et le compartiment avait l’air plutĂŽt vide de l’extĂ©rieur.

    Je laissais les gens s’engouffrer et trouver place, et je m’arrĂȘtais un instant, aprĂšs avoir fait un pas Ă  l’intĂ©rieur, pour jauger oĂč m’assoir.

    « Tiens ! Qui est ce lĂ  bas ? Il Ă  l’air plutĂŽt gentil. » pensais je en moi-mĂȘme, tandis que mon regard s’arrĂȘtais sur ma droite, vers une des place libre, juste Ă  cĂŽtĂ© d’un mec qui devait avoir Ă  peu prĂšs mon Ăąge. « Asseyons nous donc lĂ , on pourra peut ĂȘtre tchatcher un peu, qui sait ? ».

    « Aaaaaah ! », pensais je en moi-mĂȘme, tout en m’asseyant. J’ai senti un lĂ©ger mouvement de recul, Ă  ce moment-lĂ , de mon voisin de siĂšge. Peut ĂȘtre est il du genre timide maladif ? « Cela semble rĂątĂ© pour la discussion. Tant pis. Je vais lire un peu. ». Je sortais alors un livre de mon sac Ă  dos posĂ© sur mes genoux. Puis je commençais Ă  le lire. Ou plutĂŽt Ă  faire semblant de le lire. Du coin de l’Ɠil, je constate que ce jeune homme ne cesse de me regarder, presque me dĂ©visager, avec un air inquiet. Mes yeux parcourent les lignes, et les pages, mais en rĂ©alitĂ© je n’arrĂȘte pas de cogiter. « Qu’est ce que je pourrais bien lui dire. Il pourrait m’adresser la parole, non ? MĂȘme pas un bonjour ? Bon Ok j’ai pas dit bonjour non plus, mais je suis une femme, quoi. La galenterie ne voudrait elle pas que ce soit le mec qui fasse le premier pas ? Raaah ! RĂ©flĂ©chie ma petite Coralie ! RĂ©flĂ©chie ! 
 »

    Presque une dizaine de minutes s’étaient Ă©coulĂ©es depuis que je suis rentrĂ©e dans ce wagon, et j’étais toujours en train de cogiter, en moi-mĂȘme : « si il faut il va descendre Ă  la station suivante 
 c’est dommage il a comme 
 je sais pas trop 
 quelque chose qui rĂ©sonne en moi  ».

    « Bon ça suffit, j’en ai marre ! » me suis-je dit, en posant mon livre sur mes genoux tout en me redressant. « Je me lance, on laisse faire le hasard ! ».

    D’un coup, je tournais mon regard vers lui, et lui lançait alors : « vous prenez souvent ce tram ? ». Il sembla tellement surpris, que seul quelques mots arrivĂšrent Ă  sortir de sa bouche ! « Hein ? heu 
 je 
 » balbutia-t-il. « Ma petite Coralie, c’est dĂ©cidemment toi qui doit tout faire ! » me suis-je alors dit, tout en lui souriant amicalement. « C’est la premiĂšre fois que je vous y vois. Pourtant je l’emprunte assez rĂ©guliĂšrement. » rajoutais je alors pour justifier ma premiĂšre question. Il Ă©tait lĂ , comme interdit, tandis que je l’observait pour essayer de percer tous ses secrets les plus intimes ! Hi hi hi ! Il est trop mignon ! « Coralie ! », lui dis je, afin de me prĂ©senter avec ma main tendu. « Alexandre. Et 
 euh 
 enchantĂ© de faire ta connaissance » rĂ©pondit-il. « EnchantĂ©e aussi ! » lui dis je, sans pouvoir me retenir de sourire tant son air narquois avait alors laissĂ© place Ă  un visage beaucoup plus calme et confiant, comme il m’a Ă  premiĂšre vu paru de loin. Il semblait avoir retrouvĂ© son Ă©tat normal, et j’en profitais pour lui demander « A quelle station vous arrĂȘtez-vous ? », ce Ă  quoi il rĂ©pondit par « au terminus ». Satisfaite de sa rĂ©ponse, et aussi un peu soulagĂ©e, j’enchainait avec un « Ah 
 trĂšs bien ! Cela nous laissera le temps de discutailler un peu ! ». Mon intuition me pousse, je ne sais pourquoi, Ă  dĂ©couvrir ce qui se cache derriĂšre ce petit minois ! L’espace d’un instant, une partie de moi a eu envie, je ne saurais trop dire pourquoi, de me jeter sur lui pour l’embrasser, Ă  la vue de ses joue devenant lĂ©gĂšrement rose. Moi qui suis une jeune femme si prude ! Hi hi ! Il me demanda alors « Qu’étiez vous en train de lire ? », et je lui prĂ©cisais « Ah 
 ça ? C’est « La synchronicitĂ©, principe de relations acausales » de Jung 
 c’est assez particulier, je l’avoue ! ».

    Et ce fut le dĂ©but d’une intense, bien que courte, discussion Ă  propos de tout et de rien. Le temps est passĂ© en un clin d’Ɠil. Et ce fut seulement l’annonce « prochain arrĂȘt 
 » qui me fit m’exclamer « Ouh .. lĂ  ! C’est mon arrĂȘt ! Es-tu libre les week end ? ». Il me rĂ©pondit « Ça dĂ©pend ». Je lui demandais « C’est quoi ton tel ? ».Il me donna son numĂ©ro, envoyĂ© un rapide SMS, son tĂ©lĂ©phone confirma qu’on Ă©tait en contact, et je lui lançait un « TrĂšs bien ! Ainsi, tu peux m’appeler si tu fais rien dimanche prochain, au cas oĂč on ne se reverrais pas avant ! » tout en lui souriant pour essayer de le mettre en confiance. Je pliais alors bagages, et me dĂ©pĂȘchais pour mon rendez vous matinal, afin de ne pas ĂȘtre rĂ©ellement en retard, tout en lui lançant un dernier « A dimanche » en me sauvant. J’entendais son « Oui Ă  dimanche. » tout juste en passant la porte pour sortir. J’espĂšre qu’il aura le courage de m’appeler, mais c’est pas gagnĂ© ! hi hi ! C’est vraiment un cas celui-lĂ  ! Dans le bon sens du terme ! Enfin, je me dis que le hasard n’existe pas, alors on verra bien.

    Je filais Ă  mes autres tĂąches et cessais d’y penser, pour la journĂ©e, et le jour suivant, lorsque le vendredi soir, vers 19h20, le tĂ©lĂ©phone sonna. C’était lui ! Enfin ! Cela dit il n’a pas trop trainĂ© non plus. « Waaaah ! RĂ©pond Coralie, ne le fais pas attendre ! » me suis-je pensĂ©. Mais pourquoi me suis-je soudainement mis Ă  ressentir comme une lĂ©gĂšre panique ? C’est vrai qu’il ne m’a pas laissĂ©e indiffĂ©rente, mais je ne sais rien de lui pour l’instant. Je ne devrais pas me mettre dans des Ă©tats pareils.

    J’empoignais mon tĂ©lĂ©phone, et glissais mon doigt pour rĂ©pondre.

    « Salut ! » M’écriais je.

    « Bonsoir Coralie. C’est Alexandre. J’espĂšre que je ne te dĂ©range pas ? » Je sentais comme une trĂšs lĂ©gĂšre difficultĂ© Ă  respirer de l’autre cĂŽtĂ© du fil.

    « Mais non, tu ne me dĂ©ranges pas ! Et je dirais mĂȘme que tu tombes Ă  pic ! Que me vaut ton appel ? »

    « Ah !? Euuh 
 comme tu m’as dit « A dimanche », du coup j’ais pas trop compris si on se voyait ou pas. Alors je t’appelle pour qu’on se fixe un programme, Ă©ventuellement. ». Il avait l’air tellement sĂ©rieux. Mais je n’allais pas m’arrĂȘter Ă  cela.

    « Ce dimanche, j’ai prĂ©vu d’aller me prĂ©lasser dans le parc central, en ville. Aller promener. Respirer. Observer le monde. Ce genre de choses. Cela te dit ? »

    « Oui c’est cool. On se donne rendez vous lĂ  bas ? »

    « Non, comme tu habites pas trop loin de chez moi, on peut y aller en vĂ©lo. Qu’en dis tu ? Tu passes me chercher ? Je t’envoies mon adresse pas sms 
 attends 
 », le temps de lui envoyer le sms en question, c’est bon ? Tu l’as reçu ? »

    « Oui c’est bon ! »

    « On dit 
 tu passes vers 15h ? »

    « Ok pour 15h 
 »

    « 
 Bon alors Ă  dimanche, 15h ! Je t’attends ! Ne soit pas en retard, sinon ça va barder !Hi hi hi !»

    « Ah 
 euh 
 Je ferais de mon mieux. »

    « Je plaisantais ! C’est dimanche, on n’est pas Ă  5 minutes prĂšs ! Je te laisse, car j’ai pas encore mangĂ© et je sens l’hypoglycĂ©mie du soir ! A dimanche ! Bisou ! »

    « A dimanche Coralie, et bonne soirée ! »

    Et ainsi fini notre courte conversation. Un banal Ă©change pour prendre rendez-vous. « Il me fait rire, il a toujours l’air un peu pris au dĂ©pourvu ! Bon 
 Ă  table ! ». Et la soirĂ©e suivi son court.

    Samedi passa, quand arriva enfin l’heure tant attendu. Il m’a l’air du genre Ă  ĂȘtre en avance, alors je vais m’apprĂȘter aussi un peu en avance. De suite aprĂšs mangĂ©, je me suis fait une petite toilette, sĂ©ance brossage cheveux et maquillage et tutti quanti, et je parti faire une petite sieste en Ă©coutant de la musique.

    A suivre ? (ou pas lol … enfin je publierais sans doute pas ici)

  • Max

    Member
    4 février 2020 at 11 h 16 min

    @etienne31 J’aime beaucoup, je prĂ©fĂšre mĂȘme ce point de vue… J’ai juste deux questions, (sur l’ensemble du texte, ça fait peu !)Pourquoi un bungalow ?Quel air narquois ?

  • etienne31

    Member
    4 février 2020 at 11 h 40 min

    Ah yes ! “narquois” n’est peut ĂȘtre pas le bon terme. Plus “ahuri” mais en modĂ©rĂ© … je vais chercher parmi les synonyme de “surpris” … merci de l’avoir remarquĂ©.

    Pour bungalow, car j’imagine un genre d’espace rĂ©sidentiel aĂ©rĂ©, avec beaucoup de verdure et de nature, et reprenant la dĂ©finition suivante : “Construction simple et lĂ©gĂšre servant de rĂ©sidence de vacances, en particulier Ă  l’intĂ©rieur d’un ensemble hĂŽtelier, d’un camping.”

    Je m’inspire un peu de certain habitats vacanciers que l’on peut trouver dans les landes (pays landais, au sud ouest de la France).

  • Max

    Member
    4 février 2020 at 11 h 58 min

    @etienne31 

    Le bungalow m’a fait tiquer car, soit elle est en vacances et dans ce cas elle passe de mauvaises vacances vu son humeur au rĂ©veil, soit elle est pauvre et n’a pas les moyens d’habiter un vrai appartement…

    Il y a des fois comme ça oĂč un mot me fait rĂ©inventer une histoire… Grin

  • etienne31

    Member
    4 février 2020 at 12 h 06 min

    C’est aussi la magie des histoires : l’imaginaire comble les vides.

    Avant tout chose, j’ai vĂ©rifiĂ©, et il existe bien des “bungalow de luxe”, bien que ma pensĂ©e fut plus modĂ©rĂ©e (Ă©crire permet de dĂ©couvrir et redĂ©couvrir des mots au passage). Est elle riche ? Ou pauvre ? Que fait elle dans la vie d’ailleurs ? Sa famille ? Ses amis ? Son Ă©ducation ? Ses goĂ»ts en tous genres ? Ses convictions ? Croyances ? Son tempĂ©rament et façon d’ĂȘtre ? Son anamnĂšse ? J’ai moi mĂȘme encore des questions, et j’attends que Coralie se dĂ©voile un peu plus, petit Ă  petit. Je la dĂ©couvre au fur et Ă  mesur que j’Ă©cris, parfois Ă©tant moi mĂȘme surpris, du genre “Ah je n’aurais pas cru cela d’elle ! Scream” ! Laughing

    Et puis il peut ĂȘtre amusant soit d’avoir des “surprises”, voir Ă©ventuellement des “dĂ©ception”, au fur et Ă  mesure qu’un personnage se dĂ©voile. Je m’interroge aussi sur ce qui peut rendre attachant; je me dis qu’en cela, impliquer l’affectif et les Ă©motions du lecteur peut ĂȘtre un moyen, tout comme le dĂ©cevoir (le lecteur) peut lui permettre de prendre plus de recul.

  • albertnonime

    Member
    10 février 2020 at 19 h 04 min

    Allez je me lance, direct avec un texte taille moyenne (pas trop long quand mĂȘme j’espĂšre). DĂ©solĂ© Max, c’est Ă  la 1Ăšre personne la plupart du temps.

    Le genre ? SF, Ă©trange… je ne saurais dire.

    LE RÉVEIL

    Titititit, titititit, titititit
 Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Oh merde
 c’est ce putain de rĂ©veil Ă  la con qui me bassine depuis trois plombes ! C’est la troisiĂšme fois que je l’éteins, mais au bout de cinq minutes cette saloperie recommence. Titititit, titititit, titititit
 Il n’y a pas Ă  tortiller, il faut que je me lĂšve, je dois aller bosser. Je fracasse ce ouin ouin de rĂ©veil de mes deux contre le mur, histoire de dire qu’il n’ait pas le dernier mot et j’extrais ma pauvre carcasse du lit. Le passage Ă  la position verticale ne se fait pas sans douleur, mais finalement j’arrive tant bien que mal Ă  faire quelques pas titubants. Mais mon dieu que j’ai mal Ă  la tĂȘte ! Et puis j’ai la tripaille tout en vrac. Et pourquoi donc les murs de la chambre ont-ils ces mouvements ondulatoires ? CrĂ© vain dieu de merde, ça pour une gueule de bois, c’est une gueule de bois ! Je n’ai que de vagues souvenirs de la soirĂ©e, mais ce qui est sĂ»r, c’est que j’ai picolĂ© autre chose que des diabolos menthe !

    Bon allez : kawa, douche, kawa, diverses ablutions, quelques nausĂ©es, diverses excrĂ©tions, re kawa, des nippes propres et me voilĂ  presque prĂȘt. Pas franchement beau Ă  voir, mais de toute façon je n’ai pas le choix, je suis dĂ©jĂ  sĂ©rieusement Ă  la bourre et pas le dĂ©but d’une idĂ©e de bonne excuse Ă  servir au boss, tout du moins une crĂ©dible et surtout une inĂ©dite. Pas tous les jours faciles la vie d’honnĂȘte travailleur noceur.

    Mon job chez un consignataire de navire, un agent maritime, me laisse heureusement pas mal de libertĂ© dans le boulot et dans mes dĂ©placements. J’en profite allĂšgrement, surtout aujourd’hui, et quand je me pointe au bureau sur le coup des neuf heures et demie, j’affiche avec dĂ©tachement un air affairĂ©, qui signifierait en gros : oulalalala, ça fait deux heures que je speede, je suis passĂ© sur le « Princess of the sea » pour voir si tout allait bien et vĂ©rifier un truc au sujet du connaissement, mais le capitaine m’a tenu la jambe, il n’était pas d’accord avec l’avenant
 quelle poisse, et maintenant je suis Ă  la bourre sur mon planning ! ». Bien Ă©videmment les secrĂ©taires me regardent de travers – ça fait dĂ©jĂ  deux heures qu’elles s’escriment sur leur machine – et ont au coin des lĂšvres un petit sourire qui signifie : « cause toujours mon coco, avec tes yeux en trou de pine, toi il n’y a pas longtemps que tu Ă©tais sous la couette, faut quand mĂȘme pas nous la faire, on connaĂźt le loustic ! »

    Je file Ă  la machine Ă  cafĂ© et je me fais un triple expresso que j’avale cul sec en rĂ©primant un cri de douleur, car je me suis cramĂ© le gosier.

    Mais bon c’est pas tout ça, j’ai du boulot moi ! Je demande aux dactylos de me remettre le Statement of facts du MS Wind of freedom que j’avais donnĂ© hier Ă  la frappe, j’enfourne la liasse de documents dans ma sacoche, et je file au port. Une fois dans la cabine du capitaine, l’épreuve la plus pĂ©nible n’est pas la signature des dizaines d’exemplaires du rapport d’escale, mĂȘme si je trace difficilement deux paraphes identiques, vue que les pages ont le roulis et que le stylo tangue ; heureusement que le navire est Ă  quai. Mais il y a longtemps que ma signature s’est simplifiĂ©e Ă  l’extrĂȘme pour aller au plus vite, et ma main fait le boulot toute seule ; pas besoin du cerveau, je suis en mode robot. Non, le plus dur c’est :

    – Whisky mister agent ? (Whisky monsieur l’agent ?)

    – Yes, but a small one please, it’s early yet. (oui, mais un petit, il est encore tît)

    Bien Ă©videmment, je sais que cet enfoirĂ© va me servir une rasade de cosaque, que je ne peux absolument pas y couper, que le refus n’est pas de mise, et que son Johnny Walker de contrebande va rĂ©veiller le volcan qui commençait Ă  s’éteindre dans mon estomac.

    AprĂšs avoir Ă©vitĂ© la gerbe en buvant le tord-boyaux matinal, terminĂ© la paperasse, Ă©changĂ© les formules de politesse, je prends congĂ© au moment oĂč les pilotes arrivent. Je descends pĂ©niblement l’échelle de coupĂ©e et retourne au bureau, gentiment raccompagnĂ© par ma vieille Peugeot qui heureusement connaĂźt le chemin toute seule.

    Ben voilĂ , il est midi, ou presque, et je peux enfin rentrer Ă  la maison. Si ce n’est pas la fin de mon calvaire, je vais au moins avoir une trĂȘve de deux heures.

    La premiĂšre chose que je fais en arrivant, est de me dĂ©saper et de passer la tĂȘte sous le robinet. Puis je me jette sur le lit avec une Ă©lĂ©gance hippopotamesque qui mĂ©riterait bien une mĂ©daille de bronze Ă  l’épreuve d’affalage des JO de la biture. Le rĂ©veil gĂźt Ă  terre en plusieurs morceaux, inutile, et je programme donc l’heure du lever sur le tĂ©lĂ©phone. Treize heures trente
 c’est bien : il faut que je dorme un maximum de temps, et donc, une demi-heure pour me rĂ©veiller et rejoindre le bureau, ça suffira bien. Je prendrai un kawa lĂ -bas !

    2

    Titititit, titititit, titititit
 Bien Ă©videmment Ă  l’heure dite le tĂ©lĂ©phone sonne pendant dix minutes avant que cette jalouse de MorphĂ©e daigne m’autoriser Ă  lui prĂȘter suffisamment d’attention pour l’éteindre. Et merde, encore Ă  la bourre
 Je prends mon courage Ă  deux mains, et mon pantalon dans l’autre. Puis, tel un zombi amphĂ©taminĂ©, je dĂ©vale les escaliers en me reculottant. Je me coince la peau des roubignoles en remontant la fermeture Ă©clair. La prochaine fois il faudrait penser Ă  mettre un slip, ou envisager l’achat de falzars avec braguette Ă  boutons, moins dangereuses pour les coucougnettes, quoique plus compliquĂ©es Ă  fermer les lendemains de beuverie


    J’arrive finalement Ă  l’agence, la gueule enfarinĂ©e, avec Ă  peine un quart d’heure de retard, exploit dont je ne suis pas peu fier ! Du coup je plaque sur mon visage, ce qui en l’état actuel des choses, pourrait ressembler Ă  un sourire jovial. DĂ©cidant de la jouer franc jeu, je lance Ă  la cantonade, mais surtout aux collabos de secrĂ©taires qui sont les indics du boss :

    – HĂ© bĂ© mon ami, j’ai voulu faire une sieste rapide et je crois bien que j’ai dormi un peu trop longtemps, du coup je suis lĂ©gĂšrement en retard. Heureusement j’ai bien avancĂ© ce matin et cet aprĂšs-midi s’annonce plus tranquille, je vais aller me faire un petit kawa, vous en voulez un les girls ?

    Je n’obtiens pas du tout l’effet escomptĂ© et elles me regardent comme si j’avais montrĂ© mon cul aux enfants devant la maternelle, ou pire, annoncĂ© que j’allais me prĂ©senter aux Ă©lections de dĂ©lĂ©guĂ© du personnel


    – Ben quoi, qu’est ce que j’ai dit ?

    – Tu plaisantes non ? Mais mon pauvre garçon va falloir te faire soigner hein, le patron est furieux et t’attend dans son bureau !

    – Mais
 quoi ?

    – ArrĂȘte de faire le con, pourquoi tu n’es pas venu bosser ce matin, le « Wind of freedom » est parti sans les papiers, ça n’est jamais arrivĂ© Ă  l’agence, tu Ă©tais injoignable et c’est toi qui avais les rapports d’escale, t’es tarĂ© ou quoi ?

    – Mais qu’est-ce que vous bavez, c’est vous qui pĂ©tez un cĂąble, vous m’avez bien vu, vous m’avez mĂȘme fait votre sourire hypocrite du matin. Vous me faites peur là !

    – Bon arrĂȘte, c’est plus le moment de dĂ©conner, le boss t’attend. T’as intĂ©rĂȘt Ă  avoir Ă©tĂ© enlevĂ© par les extra-terrestres ; c’est un minimum comme excuse si tu tiens Ă  ta place.

    Et là
 la lumiĂšre commence Ă  filtrer sous la porte de ma conscience
 je reviens Ă  moi, progressivement, et je rĂ©alise enfin l’horreur de la situation :

    Ce matin le rĂ©veil a bien sonnĂ©. Je l’ai Ă©teint et me suis rendormi. Puis j’ai rĂȘvĂ©. J’ai rĂȘvĂ© mon levĂ©, j’ai rĂȘvĂ© ma matinĂ©e de travail, j’ai rĂȘvĂ© ma sieste, mon deuxiĂšme Ă©veil, mon deuxiĂšme retard
 qui en fait Ă©tait le premier ! J’ai roupillĂ© jusqu’à treize heures trente ! Mon inconscient, ce bĂątard, m’a jouĂ© ce vilain tour pour me permettre de dormir la conscience tranquille, car il savait, le bel enfoirĂ©, que j’avais besoin de sommeil et que celui-ci n’aurait pas Ă©tĂ© serein si je pensais rater mon embauche. Et maintenant me voilĂ  bien dans la merde, je risque bien de perdre mon boulot pour de bon
 Ho mais noooon !

    Je reprends contact avec la rĂ©alitĂ© aussi dĂ©licatement que si je me fracassais sur le sol aprĂšs un gentil vol planĂ© du douziĂšme Ă©tage
 et pour tout dire c’est un peu ce que j’aurais envie de faire, lĂ  tout de suite !

    3

    Bon, rĂ©sultat des courses : je suis virĂ©. DĂšs demain j’aurai ma lettre de prĂ©avis. Je traĂźne ma misĂšre tout l’aprĂšs-midi et je rentre tout penaud Ă  la maison.

    Martine est dĂ©jĂ  lĂ . Elle a sa tĂȘte des mauvais jours
 ça ne va pas ĂȘtre facile.

    – Ça va ma chĂ©rie ?

    – Tiens, tu t’intĂ©resses Ă  moi maintenant, c’est nouveau ça !

    Non, dĂ©cidĂ©ment ça ne va pas ĂȘtre facile du tout


    Sourire angélique et faux cul :

    – Mais bien sĂ»r mon sucre d’orge, je sais que tu Ă©tais un peu vannĂ©e ces temps-ci


    – Hou, toi t’as un truc à m’annoncer !

    – Ben, c’est-à-dire, non, enfin
 si, mais ça n’a rien à voir avec le fait que je m’inquiùte pour toi mon bonbon à la rose.

    – Bon allez, vas-y, annonce la couleur. T’as niquĂ© la bagnole ? T’as niquĂ© la voisine ? T’as niquĂ© notre mariage ? Ça je le sais dĂ©jà ! Mais encore
 allez accouche !

    – Tu sais ma bĂȘtise de Cambrai


    – C’est ça, traite-moi de conne pour commencer, je sens que ça va me plaire !

    – Mais non mon nougat pralinĂ©, la bĂȘtise de Cambrai c’est une friandise qui nous vient de


    – Bon, Ă©crase et Ă©pargne-moi ta logorrhĂ©e pĂątissiĂšre. T’as fait quoi comme connerie encore ?

    – Ben
 rien, enfin rien qui soit de ma faute. Ah zut, ça me fait penser que j’ai oubliĂ© le pain
 Mais bon, c’est pas ça que j’allais dire
 Ah oui, tu sais quand je te disais que j’en avais un peu marre de ce boulot ?

    – Tu m’as dit ça ? Je croyais que tu adorais ce job, qu’on te foutait une paix royale, que tu pouvais te pointer à n’importe quelle heure sans te faire incendier, que


    – Ben oui, justement, à ce sujet


    – Quoi ? T’as cramĂ© quelque chose ?

    – Cramé ?

    – Ben oui, l’incendie


    – Non, non, pas de problĂšme
 j’ai rien brĂ»lé  En revanche, pour la paix royale, il n’est pas tout Ă  fait improbable que je l’aie, d’ici quelques temps.

    – Tu vas ĂȘtre promu chef de service ?

    – Non, pas exactement. En fait, il n’est pas exclu que l’on envisage de se passer de mes services


    Bref je passe les dĂ©tails. En gros : engueulades, cris et pleurs, stupeur et tremblement, violence conjugale (je prends des baffes), violence conjugale (elle prend des baffes), voisins inquiets (c’est pas encore fini votre bordel, c’est tous les jours la mĂȘme chose !), chantage affectif (si tu me quittes
), ta mĂšre
, ma mĂšre
, insultes, crachats, comment qu’on va payer le crĂ©dit, je demande le divorce, on n’est mĂȘme pas pacsĂ©s
, etc.

    Au bout de quelques heures de joyeuses empoignades, on finit par aller se coucher. Moi, au bout du rouleau, tellement vannĂ©, je n’ai qu’une idĂ©e en tĂȘte : rejoindre cette salope de MorphĂ©e qui m’a jouĂ© un vilain tour, mais que j’aime bien quand mĂȘme. Martine ne l’entend pas de cette oreille et prĂ©tend se rĂ©concilier. Je m’exĂ©cute, elle m’exĂ©cute, une fois, deux fois
 et je tombe enfin dans le sommeil et le nĂ©ant.

    Titititit, titititit, titititit
 Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Ah mais oui, le rĂ©veil. D’un geste calme, j’arrĂȘte la sonnerie. J’ai bien dormi, je suis bien
 heureux
 ataraxique
 je laisse mes idĂ©es vagabonder, j’ai le temps, aujourd’hui c’est dimanche. Finalement Martine avait raison, les cĂąlins, ça soigne tout. Je me retourne vers elle, elle dort encore la petite chĂ©rie


    Mais
 la place est vide, pas de Martine ! Elle doit ĂȘtre en train de me prĂ©parer amoureusement un petit dĂ©jeuner qu’elle me servira au lit, mais
 mais
 Martine, Martine
 ? Je ne connais pas de Martine
 Oh merde, c’est vrai, bon sang, je suis cĂ©libataire endurci ; j’ai donc encore rĂȘvé !

    4

    En fait, c’est la sonnerie Ă  l’intĂ©rieur du rĂȘve qui m’a rĂ©veillĂ© dans la vraie vie — celle oĂč mon rĂ©veil est brisĂ©. C’est dingue ce truc ! Merde, il est trois heures du mat, je suis cassĂ©, j’ai besoin de reprendre des forces et je fais des songes matrimonio-cauchemardesques Ă  la con au lieu de me reposer sereinement. J’en ai pourtant bien besoin, car demain (tout Ă  l’heure) commence une nouvelle vie et c’est pas joyeux : je suis chĂŽmeur, ou en passe de l’ĂȘtre, et ça c’est la dure rĂ©alitĂ© qu’il va me falloir affronter. Cela dit, c’est moins stressant que de cohabiter avec l’autre folle du rĂȘve ; la Martine. C’est bien un nom Ă  la con ça, un nom de connasse oui !

    Mais il est encore tĂŽt et je peux me payer une petite tranche de ronflette supplĂ©mentaire
 et cette fois-ci sans cette folledingue, enfin j’espĂšre.

    Je n’attends pas longtemps avant de sombrer et de rejoindre le pays de l’oubli. Et de fait mon sommeil est cette fois-ci bien profond et sans rĂȘve. Heureusement, car ça va bien cinq minutes, mais il y a des limites Ă  ce qu’un homme peut supporter !

    Titititit, titititit, titititit
 Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Ah mais oui, le rĂ©veil !

    Je me prends un coup de talon dans les reins.

    – Bon Ducon, t’attends quoi pour arrĂȘter la sonnerie ?

    – Hein, qui
 que
 quoi


    – Oui c’est ça, et puis “dont, oĂč, et sa petite famille” ? C’est charmant, mais quand tu auras fini de bĂ©gayer tes conneries, tu arrĂȘteras ce foutu machin qui me fout les nerfs en pelote et tu bougeras ton gros cul de chĂŽmeur pour aller prĂ©parer le café  Feignant !

    – Martine ?

    – Ben oui Martine, gros malin, c’est pas le pape !

    – Mais, mais


    – Pas de mais mais pĂ©pĂ©, remue-toi, lĂšve-toi et marche. Et pendant que tu te brosses les chicots, commence Ă  chercher une bonne excuse Ă  refiler Ă  ton boss pour ta connerie d’hier. AprĂšs ça tu tĂącheras d’arriver en avance, pour changer, tu te jetteras Ă  ses pieds pour l’implorer, le supplier, et je ne veux te revoir que pour m’annoncer qu’il te garde. Allez, fissa fissa mon bonhomme !

    PurĂ©e, encore une journĂ©e qui dĂ©bute bien. J’ai beau ĂȘtre un hĂ©tĂ©ro amateur de pur Arabica Ă©thiopien, je crois bien que j’aurais encore prĂ©fĂ©rĂ© ĂȘtre sodomisĂ© au saut du lit par l’ami Ricoré !

    Mais attends
 non
 j’ai un doute. C’est pas possible
 mais si
 et si
 ? Je rĂȘve ou quoi ? Mais bon sang mais c’est bien sĂ»r, c’est ça, je rĂȘve encore ! LĂ  franchement j’en ai ras le bĂ©ret basque ! Cela dit, j’aime autant parce que la mĂ©gĂšre, elle commençait Ă  me porter sĂ©rieusement sur les nerfs, que j’ai fragiles ces temps-ci. Et puis savoir que je rĂȘve c’est gĂ©ant, je peux faire n’importe quoi, contrĂŽler les choses, un peu comme un dieu, Ă  la fois le scĂ©nariste et le personnage principal de l’histoire, c’est gĂ©antissimesque, gĂ©nialissime, supercalifragilisticexpidĂ©lilicieux : je suis en plein RĂȘve lucide ! Depuis le temps que j’essayais en vain toutes les techniques, j’y suis enfin parvenu. Bon, le truc maintenant, c’est de reprendre le contrĂŽle et surtout de ne pas se rĂ©veiller !

    PrioritĂ© number one : me dĂ©barrasser de ce boulet. Facile, je n’ai qu’à claquer dans les doigts et pfff
 disparue la Titine. Non, pas assez fun, et puis elle a bien pourri mon rĂȘve, je vais plutĂŽt l’occire.

    – Dis-donc pĂ©tasse, si tu as fini de me les briser, je pense que je vais t’envoyer Ă  trĂ©pas de ce pas !

    – Mais
 mais

    – Pas de mais mais mĂ©mĂ©, tu vas y passer !

    Sur ce, joignant l’acte Ă  la parole, je me jette sur elle dans le but de l’étrangler. Un instant j’hĂ©site et me dis que je pourrais peut-ĂȘtre d’abord lui faire sa fĂȘte d’une tout autre façon, bien plus agrĂ©able — c’est qu’elle est bien gaulĂ©e la gueuse — mais non, j’aurai toutes les gazelles souhaitĂ©es en temps voulu. Maintenant que je contrĂŽle tout, ce n’est pas un problĂšme. Je lui saisis donc la gorge et commence Ă  serrer, doucement, puis de plus en plus fort. Elle me regarde avec les yeux effarĂ©s de celle qui ne comprend pas et puis ceux-ci deviennent vitreux et je sens la vie qui la quitte.

    Je n’en reviens pas ! L’effet est surprenant. Je suis submergĂ© par une sensation Ă©trange mais surtout assez violente, comme une vague dĂ©ferlante. Et c’est bien lĂ  tout le problĂšme : je suis Ă  tel point troublĂ© que le choc Ă©motionnel me rĂ©veille en sursaut. Je suis en nage dans les draps moites, le souffle court.

    – Ma chĂ©rie, ma chĂ©rie, j’ai fait un rĂȘve dĂ©mentiel, j’étais conscient que je rĂȘvais et je contrĂŽlais mon rĂȘve, c’était dingue, Ă©coute, Ă©coute !

    Je secoue Martine, je veux la réveiller pour lui raconter, elle va rùler, un peu mais pas trop, elle a si bon caractÚre


    – ChĂ©rie, Ă©coute, c’est trop fou…

    Elle ne bouge pas


    Mon amour ? Ma puce ? Et oh ! Oh hé ! Martine, tu es si froide
 Tu ne respires plus
 Quelles sont ces traces sur ton adorable cou ?

    Oh noooon !

    5

    Titititit, titititit, titititit
 Voix féminine synthétique :

    Coordonnées spatio-temporelles de sortie de saut quantique : quasiment parfaites.

    Coordination avec la fin de stase : à un poil de cul prùs ; nickel.

    Sortie de stase : effectuĂ©e de façon
 disons ; satisfaisante. Titititit


    Entrée dans le SystÚme Sol 1, en approche de la planÚte Terre. Les pilotes sont déjà à bord pour la mise en orbite.

    – Hein, quoi ? OĂč suis-je ?

    – Ah, Monsieur l’agent, bonjour. Je suis Martine, votre matrice de stase sĂ©rie III, Ă  bord du ESQ Wind of freedom, Ă  votre service, Monsieur.

    – Mais qu’est-ce que je fous là bon dieu ?

    – Tititit, la sortie de stase vous a un peu dĂ©phasé ? Titititit (ceci est un rire). Je vous fais un topo. Au dĂ©part d’Arcturius le Commandant vous a longtemps attendu, mais vous Ă©tiez trĂšs trĂšs, trĂšs en retard. Il a dĂ» se rendre Ă  la passerelle avant que vous n’ayez eu le temps de signer les papiers. Le compte Ă  rebours pour le saut quantique Ă©tait lancĂ© et comme la fenĂȘtre de tir se fermait, nous ne pouvions pas risquer de payer des taxes d’orbite exorbitantes, titititit (ceci est un rire) pour un retard dĂ» Ă  un petit consignataire, pardon Monsieur, peu professionnel.

    – Humpf


    – Pardon, Monsieur ?

    – C’est rien, continuez.

    – La navette des pilotes, dĂ©jĂ  dĂ©sarrimĂ©e, ne pouvait pas attendre plus longtemps sans risquer une aspiration de flux spatio-temporel et il a donc Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que vous feriez le voyage avec nous. Mais rassurez-vous, votre patron a Ă©tĂ© prĂ©venu. Et là
 et bien je viens juste de vous sortir de la stase
 voilà ! Monsieur.

    – Ah mais c’est pour ça
 j’ai fait des rĂȘves trĂšs Ă©tranges


    – Non non non non non, on ne rĂȘve pas pendant la stase ! Monsieur.

    – Pourtant


    – Non non non Monsieur ! Pas de rĂȘves, impossible ! Monsieur.

    – Mais quand mĂȘme


    – Ou alors
 peut-ĂȘtre
 s’il y avait eu un chouia bit de retard, une toute petite nanoseconde de dĂ©phasage au moment de
 Mais non, mais non. Non non. Je suis une machine parfaite et ne commets jamais d’erreur titititit (ceci n’est pas un rire)
 Jamais. Non non.

    – OK OK, mais moi je rentre quand et comment ?

    – Dans trois jours, nous repartons pour Arcturius, via VĂ©ga, Sirius et AldĂ©baran


    – Trois jours ? Et moi qui n’ai pas fermĂ© ma fenĂȘtre en partant !

    – Pardon de vous contrarier, Monsieur, mais avec les escales et les ajustements temporels, vous arriverez Ă  destination, quinze de vos annĂ©es aprĂšs le dĂ©part. Monsieur.

    – Mais c’est une catastrophe !

    – Pas tant que ça, si vous considĂ©rez que votre boulot lĂ -bas est bien compromis aprĂšs votre
 boulette
 Monsieur.

    – Au moins, j’aurai vu la terre, c’est le point positif. On dit que c’est la plus magnifique des planùtes. Est-ce le cas ?

    – Je ne saurais le dire, Monsieur, je suis une machine, mais c’est effectivement ce qui se dit. Toutefois, et permettez-moi, une fois encore, de vous contrarier : vous ne verrez la terre qu’à travers un hublot, d’ici en orbite. Vous n’aurez pas autorisation de dĂ©barquer, et d’ailleurs aucun crĂ©dit n’est prĂ©vu pour vous, votre bĂ©vue a dĂ©jĂ  suffisamment coĂ»tĂ© Ă  la compagnie. Monsieur.

    – Et bien ça c’est le pompon !

    – Le pompon Monsieur ?

    – Oui, c’est un vieux terme de marine
 mais c’est sans importance.

    – En tout cas, Monsieur, sachez que je serai ravie, oui c’est cela, ravie de vous avoir en stase pour le retour. J’espĂšre que tout se passera mieux, oups, euh, je veux dire… bien.

    – Mieux ? Mieux que quoi bon sang ?

    – Rien du tout, je n’ai rien dit, je ne suis qu’une machine, une simple machine, je vous aime. Non, je n’ai pas dit cela. Effacer. Delete. Tititit
 Effacer. Syntaxe error
 Titititit

    6

    Titititit, titititit, titititit
 Erreur 404, bleu ! Erreur 404, blanc ! Erreur 404, rouge !

    – Mais bon sang, retirez-moi tout de suite ces trucs, dĂ©pluggez-moi immĂ©diatement ! C’est quoi cette merde que vous m’avez refilĂ©e, c’est complĂštement vĂ©rolé ! J’avais demandĂ© une cartouche « fin de vingtiĂšme siĂšcle », et je me retrouve dans un avatar du siĂšcle dernier, sur un vaisseau tout pourri en orbite terrestre ! J’exige une explication. EnfoirĂ©s de dealers, tous les mĂȘmes Ă  fourguer leurs cartouches frelatĂ©es. Je vous prĂ©viens, s’il y a des dĂ©gĂąts, je vous ferai payer les frais de re-neuronisation !

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    Titititit, titititit, titititit
 Hein, qu’est ce que c’est, quoi ? Ah le rĂ©veil, dĂ©jà ? J’ai l’impression que je me suis couchĂ© il y a quelques minutes tellement j’ai bien dormi. Comme une souche !

    – Coucou mon chĂ©ri, tu es rĂ©veillĂ©, tu as passĂ© une bonne nuit ?

    – Comme un bĂ©bĂ©. Je suis frais et dispo, une nuit sans rĂȘve, d’une traite. Il faudra dire au Docteur Arcturius que ses nouvelles pilules sont gĂ©nialement efficaces et sans effet secondaire !

    – Je suis heureuse, je sens qu’on va profiter pleinement de notre croisiùre. Le Princess of the sea est un vrai palace flottant.

    – Ah ça, c’est autre chose que le Wind of freedom, tu te souviens pendant notre lune de miel
 c’est loin


    – Et oui, on Ă©tait jeunes.

    – Tu m’aimes ?

    – Oh oui, ma Martine, comme au premier jour. Et toi ?

    – Tu le sais bien, gros bĂȘta.

    Titititit, titititit, titititit


  • Max

    Member
    10 février 2020 at 20 h 30 min

    @albertnonime

    Euh…. Vu qu’Etienne n’est plus lĂ , je vais essayer de donner mon avis…

    Eh ben c’est pas facile ! J’ai bien aimĂ© le dĂ©but, puis je ne comprenais plus rien !Sweat Smile

    Je ne suis pas trĂšs familier de la SF, dĂšs qu’on commence Ă  parler voyage galactique, ça me fait fuir, du coup je ne sens pas lĂ©gitime du tout pour parler de ton histoire.

    Ensuite, pour le style… La premiĂšre personne est totalement justifiĂ© par le registre familier voire vulgaire, on a vraiment l’impression de suivre ses pensĂ©es.

  • albertnonime

    Member
    10 février 2020 at 23 h 12 min

    Merci de ton retour @max. Tu ne comprenais plus rien, j’en suis ravi, c’est un peu l’idĂ©e, qu’on ne sache plus ce qui est la part du rĂȘve et ce qui est la part du rĂ©el. Que l’on se pose la question : qu’est-ce que la rĂ©alitĂ© ?


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